Identification d’une nouvelle cible pour combattre Alzheimer

Avancée scientifique au sein d’une des équipes de la fédération hospitalo-universitaire DHUNE. L’espoir réside dans la modélisation cellulaire de la maladie.

Alors que DHUNE, la fédération hospitalo-universitaire du CHU spécialisée dans les maladies neurodégénératives, prépare sa première journée annuelle le 21 septembre, une de ses équipes a identifié une nouvelle cible thérapeutique. Si la maladie d’Alzheimer garde encore bien de ses mystères, les chercheurs décryptent de plus en plus précisément ses processus d’évolution, au-delà des constats d’accumulation de peptides bêta-amyloïdes neurotoxiques et de la protéine Tau, mais ils n’arrivent pas encore à intervenir sur certaines protéines ou enzymes clés.

« Beaucoup de chercheurs font l’impossible pour aller de l’avant, on est certes dans une sorte d’impasse mais historiquement les grands sauts du monde de la recherche sont tout à fait inattendus », souligne avec humilité le Dr Santiago Rivera, du laboratoire de neurobiologie des interactions cellulaires et neurophysiopathologie (NICN) à Marseille (AMU/CNRS).

Avec le Dr Kevin Baranger ils ont découvert en juillet 2015 le rôle d’une protéase connue (MT5-MMP) : « Nous avons observé à différents temps de la pathologie chez des souris transgéniques Alzheimer que le fait d’enlever la protéase provoquait des effets bénéfiques. C’est à dire une réduction des peptides toxiques et cela s’accompagnait d’une réduction très importante des phénomènes inflammatoires, et d’une meilleure préservation de la communication entre les neurones et comportements de l’apprentissage. »

Fort du constat que cette protéase « contribue à l’évolution de la pathologie », ils cherchent désormais à en limiter l’action. D’où l’idée de la « moduler » afin de réduire son activité délétère. Comment ? « Trouver le moyen pharmacologique ou thérapeutique de s’interposer entre cette protéase et son action ». Le labo œuvre notamment en collaboration avec des chimistes de l’université de Caen qui disposent d’une chimiothèque : « On part à la pêche d’un composé original. » S’ils trouvent un agent spécifique contre cette protéase, ce serait formidable.

Un deuxième volet concerne « la modélisation de la pathologie Alzheimer à l’aide de cellules souches pluripotentes induites (IPS) » à partir de cellules de peau reprogrammées en neurones ou des astrocytes, population de cellules qui représente « 70% de la population totale des cellules de notre cerveau ». Elles modulent par ailleurs la communication entre les neurones et interviennent dans le processus inflammatoire, selon le chercheur. Le challenge consiste « à prélever dans ces cellules IPS la protéase en question ». Le réseau international COEN des centres d’excellence sur les maladies neurodégénératives a récompensé cette approche scientifique.

Imaginons qu’ils puissent « à volonté » modéliser la pathologie et qu’en parallèle, ils parviennent à démontrer le rôle majeur de « l’association des astrocytes et des neurones », ils auraient alors de nouvelles cartes en main. Cela bien que les difficultés demeurent : « Nous n’avons pas aujourd’hui dans cette pathologie une cible dans le sens d’un agent causal comme une bactérie ou un virus, mais de multiples causes possibles dont les infections périphériques qui atteignent notre organisme, le style de vie, le vieillissement. Ce sont les instruments de la maladie », explique le Dr Rivera. Il projette d’autant plus « la modélisation » comme étant potentiellement la source d’une médecine personnalisée dans Alzheimer. Premières réponses dans moins de 3 ans.

Source : lamarseillaise.fr