Hôpital. Les effets pervers de la tarification à l’acte

« Pression permanente », « course à la rentabilité » : en liant le budget des hôpitaux au nombre d’actes, la tarification à l’activité suscite un malaise chez les soignants. Le gouvernement a demandé à l’ex-député PS, Olivier Véran, d’étudier les moyens d’en corriger les effets pervers.

Introduite en 2005 par souci d’efficience, la tarification à l’activité (T2A) permet aux caisses des établissements de santé de se remplir en fonction des types d’actes et de séjours enregistrés. Mais les sommes forfaitaires allouées ne tiennent compte ni des spécificités du patient, ni du nombre de jours passés à l’hôpital, certaines prises en charge s’avérant plus rentables que d’autres. Pour poursuivre la réforme du financement des hôpitaux, Olivier Véran devra, en vue du budget de la Sécu pour 2017, étudier notamment le développement d’une « dotation modulée à l’activité » plus adaptée aux pathologies chroniques, par exemple. Pour l’heure, le neurologue du CHU de Grenoble a entrepris de prendre le pouls de ses confrères. Et ce qu’il a entendu, ces jours derniers, lors d’un débat organisé par l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris à la Pitié Salpêtrière, lui en a dit suffisamment long sur le mal-être ressenti. « La tarification à l’activité a perverti la finalité de nos actes soignants », a résumé la neurologue Sophie Crozier, illustrant : « Comment comprendre que la prévention des risques pour des patients hospitalisés après un AVC, par exemple, soit moins valorisée qu’une complication respiratoire, « tout bénéf pour l’hôpital » ? ». « On nous demande de faire du chiffre », s’est plainte Valérie Chigot, radiologue. Et « surtout ne pas parler au patient », a ajouté le Dr Chigot. « Faut-il attendre les complications ? Il arrive que des patients, renvoyés chez eux trop rapidement, soient réhospitalisés », a poursuivi Annabel Oliver, assistante sociale à Bichat.

Des patients moins rentables que d’autres 

La pression, « permanente », se matérialise dans « les tableaux d’activité qu’on reçoit, les comparaisons avec les années et les mois précédents », les réunions où l’on parle « augmentation du pourcentage d’activité » et où l’on n’entend « même pas le mot patient », a expliqué Sophie Crozier. S’y ajoute la peur d’être montré du doigt et des suppressions de postes, car « si ton hôpital est en déficit, tu sais que tu auras moins de personnel », a ajouté le professeur André Grimaldi. Les services prenant en charge les personnes âgées, les maladies chroniques, les personnes précaires, moins « rentables », sont de « mauvais élèves », ont déploré les intervenants, rappelant que le service public se doit d’accueillir tout le monde. « L’idée de rentabilité est à ce point distillée dans l’hôpital », selon Annabel Oliver, que les praticiens s’inquiètent de la voir influencer leur jugement médical. Comme Benjamin, chef de clinique à la Pitié-Salpêtrière, « horrifié » lorsque, en pesant le pour et le contre de la ventilation d’une dame âgée admise en réanimation, il pense à ce que cela rapportera au service. La tarification à l’activité n’aurait donc que des travers ? La T2A « a beaucoup de défauts, mais elle a sauvé une partie de l’hôpital public », tempère Yves Gaubert, ancien responsable du pôle finances de la Fédération hospitalière de France. Rappelant que l’enveloppe globale autrefois allouée chaque année aux établissements avait, elle aussi, ses inconvénients. Ce qui fait dire à Noël Garabedian, président de la CME (sorte de parlement des médecins) de l’AP-HP : « Ce n’est jamais tout blanc, ni tout noir, c’est souvent gris ».

Source : letelegramme.fr