Handicap. « L’accessibilité est une grande déception »

L’ancien ministre Philippe Bas était hier matin au forum du handicap. Il a fait l’inventaire des avancées, mais surtout des déceptions depuis l’adoption, il y a dix ans, de la loi sur l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Quel bilan tirez-vous de cette loi qui a été promulguée alors que vous étiez en fonction au ministère ? Il faut d’abord se remémorer quelle était la situation il y a dix ans. Même s’il y avait eu des politiques du handicap, la France avait vraiment du retard en la matière. Le regard porté sur le handicap était très centré sur l’action sociale, bien plus que sur la participation de ces personnes à la vie dans la société. Notre devoir était de faire preuve d’une solidarité qui ne soit pas compatissante et qu’on se concentre non pas exclusivement sur le handicap, mais sur les capacités des personnes handicapées. Et sur la nécessité de leur permettre les mettre en oeuvre. Concrètement, que s’est-il passé depuis 2005 ? Il y a des points positifs comme la création de la prestation de compensation du handicap, qui prend en compte la personne dans sa globalité, ses attentes, ses besoins, son projet de vie. Mais il y a plusieurs points négatifs. Très clairement, la question de l’accessibilité est une grande déception. Il faut reconnaître qu’il y a des choses qui ont bougé, mais bien en deçà des ambitions qui étaient les nôtres il y a dix ans. La loi prévoyait qu’en 2015, les autobus, les trains, les trottoirs, que tout cela soit accessible à n’importe quel type de handicap. Ce n’est pas le cas. Le chemin parcouru l’a été de façon beaucoup trop relâchée. La crise économique a certainement joué un rôle. Les collectivités ont regardé les travaux comme des dépenses, alors qu’il était question d’enrichissement pour la société. Des mesures législatives incitatives ont cependant été prises récemment… Oui, et il faut s’en féliciter. Elles obligent désormais à planifier les investissements et permettent d’envisager des sanctions si les engagements ne sont pas tenus. La contrainte est beaucoup plus forte. On ne peut qu’espérer que ça va avoir son effet. Y a-t-il d’autres déceptions que vous relevez ? L’autre point noir, c’est l’emploi. Et en la matière l’État se montre un bien mauvais exemple, en étant bien au-dessous des 6 % d’emplois dédiés à des personnes handicapées. L’une des difficultés de l’accès à l’emploi est la formation. Le niveau de qualification des personnes handicapées doit augmenter. Je reconnais, en revanche, qu’au niveau de l’Éducation nationale, les choses ont beaucoup changé. Aujourd’hui, on compte 200.000 élèves porteurs de handicap. C’est 30 % de plus qu’il y a dix ans. Et le nombre d’auxiliaires de vie scolaire a doublé. Il faut continuer dans cette voie.

Source : Le Télégramme