Le gouvernement fixe son cap : à fond l’inclusion ?

C’est l’une des premières déclarations publiques de Sophie Cluzel, secrétaire d’État en charge du handicap. Elle l’a réservée aux personnes avec un handicap mental à l’occasion du Congrès de l’Unapei le 2 juin 2017 à Nancy. Treize minutes d’allocution qui, sans annonce concrète, dessinent les grandes tendances de la politique En Marche !.

Priorités aux besoins individuels

Selon ses propres termes, la « boussole » de Sophie Cluzel, c’est « partir d’un besoin individuel pour construire une réponse collective », en s’appuyant sur l’expertise des personnes handicapées et en favorisant la concertation avec l’ensemble des acteurs. Son cap, c’est la pair-émulation et l’autodétermination ; elle dit pouvoir compter sur sa fille, Julia, jeune femme avec trisomie 21, pour le lui rappeler régulièrement. La secrétaire d’État affirme par ailleurs que toute son action sera « axée en vue de simplifier » la vie quotidienne des personnes handicapées et celle de leur famille. Lors de cette prise de parole centrée plus particulièrement sur le handicap mental, elle a détaillé les grandes lignes de son action à venir.

Projet de vie : faire tomber les murs

Au nom du gouvernement, Sophie Cluzel dit vouloir « faire tomber les murs », en accompagnant le projet personnalisé et surtout en lui permettant de se réaliser « en milieu ordinaire ». L’habitat, enjeu majeur de la citoyenneté, était d’ailleurs le thème choisi en 2017 par l’Unapei pour son congrès annuel : « Je vis, je choisis, j’habite ». Le 21 mai 2017, madame Cluzel rendait d’ailleurs visite aux résidents des Maisons partagées Simon de Cyrène à Rungis en compagnie du premier ministre, afin de porter à la connaissance de nombreux medias généralistes un exemple à suivre.

École : vers le temps partagé ?

En matière de scolarité, c’est encore la souplesse qui est revendiquée, par exemple le temps partagé entre école ordinaire et IME (institut médico-éducatif) ou un accompagnement permettant l’accès à toutes les activités scolaires et culturelles. Pour cela, la ministre veut pouvoir s’appuyer sur les Sessad (service de soins et d’aide à domicile) qui « assurent l’interface indispensable entre tous ces environnements ». Son objectif ? Privilégier les dispositifs inclusifs, innovants, au cœur de la Cité. Elle réaffirme que le Président s’est engagé à « nettement améliorer l’accès à l’école et aux accompagnants ». Pour ce faire, une rencontre a été organisée avec Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale afin de « fluidifier les parcours scolaires » dès la prochaine rentrée. Sophie Cluzel a, par ailleurs, nommé, au sein de son cabinet, un conseiller dédié à l’éducation, la formation et la vie de famille.

Accès à l’emploi : liberté fondamentale

Madame Cluzel définit l’emploi comme une « liberté fondamentale ». Elle promet que l’effort massif qui sera fait en faveur de l’apprentissage doit bénéficier pleinement aux jeunes en situation de handicap mental. C’est l’un des leviers qui devra être actionné à l’heure où le chômage des personnes handicapées reste deux fois supérieur à la moyenne nationale. Elle promet la généralisation des attestations de compétence pour pouvoir permettre à tous les employeurs « d’embaucher la personne sur ses potentiels ».

Enfants sans solution : vers une désinstitutionalisation ?

Au nom de tous ces enfants exilés en Belgique ou laissés dans leur famille, Sophie Cluzel promet d’« attaquer le problème à la source » même si elle consent ne pas avoir de « baguette magique ». Face à ce constat, elle explique vouloir « accompagner autant que possible le déploiement d’une réponse accompagnée pour tous ». Et brandit ce mot qui, selon elle, fait peur à beaucoup, la « désinstitutionalisation ». In fine, permettre aux personnes de « sortir des établissements en sécurisant leur parcours avec des accompagnants motivés ». Pour cela, le gouvernement affirme avoir des leviers, et notamment la réforme de la tarification des établissements médico-sociaux.

Entendre tout le monde

Elle n’oublie pas les familles et assure que, « pour lutter contre l’usure et l’isolement social des aidants », de nouveaux droits et moments de répit sont nécessaires. En conclusion, la secrétaire d’État regrette que, d’une manière générale, des dispositifs en cours soient « expérimentaux » depuis plus de dix ans. Elle réaffirme une « méthode de travail très claire », la concertation et la co-construction, pour « permettre à tout le monde d’être entendu ». Un engagement au-delà de la seule sphère du handicap puisque, selon elle, « l’évolution de la société ne peut se faire sans que le grand public ne prenne conscience de l’existence des personnes handicapées ».

Source : handicap.fr