Le génie génétique au service de la lutte contre le cancer

Grâce à ses découvertes en génétique, Axel Ullrich a mis au point des médicaments qui bloquent l’irrigation sanguine des tumeurs et interrompent le processus de croissance des cellules cancéreuses. Le biologiste moléculaire est finaliste du Prix de l’inventeur européen 2017 dans la catégorie « Œuvre d’une vie ».

Neutraliser le cancer à sa source, c’est désormais possible grâce au biologiste moléculaire allemand Axel Ullrich (73 ans). Au cours de ses 40 ans de carrière, ce pionnier a identifié les processus cellulaires en cause dans la genèse du cancer et d’autres maladies. Une nouvelle génération de médicaments produits par génie génétique a ainsi vu le jour, permettant de bloquer l’irrigation sanguine et la croissance des tumeurs.

La carrière de ce pionnier, considéré comme une sommité internationale dans son domaine, démarre de façon fulgurante. Deux ans après un doctorat en génétique moléculaire à l’Université de Heidelberg en 1975, Axel Ullrich devient le premier chercheur au monde à transférer une copie du gène de l’insuline humaine dans une bactérie. Cette découverte a donné naissance au premier traitement issu du génie génétique, l’insuline humaine recombinante.

Travailler sur l’ADN, ces « briques » de la vie

En 1978, le séquençage de l’ADN humain n’en est qu’à ses balbutiements lorsqu’Axel Ullrich rejoint Genentech, une entreprise de biotechnologie basée en Californie. Equipé d’outils permettant de modifier le code génétique au niveau moléculaire, le chercheur explore le procédé qui permet aux cellules du corps humain de communiquer. Il utilise alors cette approche dans la recherche en cancérologie, en étudiant les « oncogènes », une catégorie de gènes qui favorisent la survenue des cancers. Il y voit une alternative à la lutte contre le cancer par des produits chimiques agressifs ou des radiations nocives.

En identifiant la façon dont les tumeurs assurent leur irrigation sanguine, il met au point un traitement qui empêche leur croissance en les faisant « mourir de faim ». Une méthode qu’il appliquera quand il découvrira un gène responsable du cancer du sein (le gène HER2). Son médicament empêche la multiplication des cellules cancéreuses en inhibant certains signaux cellulaires spécifiques qui activent leur croissance.

Un traitement personnalisé pour chaque patient

Axel Ullrich a joué un rôle majeur dans le développement d’une thérapie individualisée qui prend en compte les spécificités génétiques de chaque patient. Son médicament Herceptin, conçu pour lutter contre les cancers du sein présentant l’oncogène HER2, est le premier traitement anticancéreux ciblé de l’histoire. Il réduit de 50 % les récidives de la maladie.

Aujourd’hui, les tests génétiques sont de plus en plus répandus. Si un patient présente certains marqueurs génétiques, il peut désormais bénéficier d’une thérapie ciblée dont l’efficacité est incomparable, sans passer par la chimiothérapie et la radiothérapie, dont les effets secondaires sont difficiles à vivre. Axel Ullrich a ainsi mis au point un traitement nommé Sunitinib, qui « affame » les tumeurs gastro-intestinales et du rein.

L’enjeu est considérable. Axel Ullrich déclarait dans une interview en 2011 : « Le cancer est un fléau majeur, il faut le vaincre. » Selon le Centre international de recherche sur le cancer, le nombre de nouveaux cas annuels devrait atteindre les 22,2 millions en 2030, soit une augmentation de 75 % par rapport à 2008. Et l’Organisation mondiale de la santé estime que 13 millions de décès seront dus au cancer en 2030. C’est pourquoi, malgré ses succès commerciaux et cliniques, il a fondé plusieurs start-up pour commercialiser ses inventions, Axel Ullrich continue de dédier sa vie à la science. Depuis 1988, il est directeur du département de biologie moléculaire de l’institut Max Planck de biochimie de Martinsried, en Allemagne.

 

Source : lesechos.fr

Auteur : Pascale Colisson