Formation professionnelle, plus dure sera la chute

Alors que les pouvoirs publics (et certains syndicats) font mine de trouver des aspects positifs à la réforme de la formation de 2014 (la ministre du Travail toute contente à Biarritz d’évoquer une réforme qui n’est pas une « réformette »), le monde du travail pourrait sortir ravagé d’une réforme qui stoppe net l’effort de formation de notre pays depuis 2 ans.

France stratégie , le service de prospective du Premier ministre l’affirme une nouvelle fois, la France et les entreprises françaises ne sont plus compétitives (ou productives, ce qui revient au même). Depuis près de 20 ans donc, notre pays décroche et la légende politique (et syndicale) d’un peuple plus productif que ses voisins (on se demande bien pourquoi il en aurait été ainsi d’ailleurs) est battue en brèche par toutes les statistiques en matière d’emplois, d'(des) industrialisation tout comme par cette étude publiée par France Stratégie la semaine dernière.

La faible productivité des Français est, selon France Stratégie, due à deux facteurs principaux :

– La faible compétence (qualification) des travailleurs,

– Les rigidités sociales qui empêchent (ou retardent) les destructions-créations d’entreprises, mais aussi les faibles mobilités sociales et professionnelles des travailleurs (la précarité sans formation pour les travailleurs non qualifiés et en face l’immobilité professionnelle et éducative pour tous les autres retranchés derrière un CDI qui les protège surtout du changement).

La formation avant 2014 n’était déjà pas à la hauteur

Selon l’enquête PIIAC de l’OCDE, la France se positionne assez mal en matière de capital humain avec un niveau de compétences de sa population active inférieur à celui de la plupart des pays de l’OCDE. Ce déficit de qualification de la population active a différentes origines :

– Jusque dans les années 1980, la France accusait un retard éducatif important matérialisé par des taux de scolarisation dans les études supérieures très faibles.

– Même si l’élévation du niveau d’étude des jeunes générations va augmenter les compétences des actifs, la qualité de l’offre de formation initiale risque de continuer à peser sur notre performance productive.

En effet, alors qu’ils étudient désormais aussi longtemps que dans les autres pays, les jeunes Français sortent de leurs études avec un niveau de qualification inférieur. Enfin, les enquêtes de l’OCDE révèlent également une obsolescence rapide des compétences acquises par les Français lors de leur formation initiale. Cette déqualification, une fois entrés dans la vie active, met en évidence un problème au niveau de la formation continue qui bénéficie peu aux personnes qui en ont le plus besoin…

Prétextant cette formation peu accessible aux moins qualifiés les pouvoirs publics ont cassé, en toute inconscience, tout le système de formation. Plutôt que remettre en cause d’abord les institutions qui dépendaient d’eux à savoir l’Éducation nationale et la formation des fonctionnaires (qui engloutissent des sommes importantes sans résultats attestés) les pouvoirs publics ont tout à la fois ruiné le système ancien puis renationalisé et bureaucratisé ce qui restait de la formation :

– En détruisant le Droit à la formation (DIF) des salariés au profit d’un Compte Formation ne servant à rien d’autre que compter de vaines et inutilisables heures de formation.

– En promouvant une réduction drastique des budgets formation (de -20 à -60 %) assimilée à une baisse des charges (on baisse la formation qui ne se voit pas, mais la durée du travail ou le Code du travail pourraient attendre).

– En complexifiant à outrance un système de formation professionnelle à qui on reprochait pourtant déjà d’être inaccessible ou illisible.

France Stratégie se veut optimiste pour l’avenir en misant sur le numérique qui offrirait au pays une chance de rebond… mais :

– Le numérique est quasi absent des formations accessibles au Compte Personnel de Formation (mis à part un contraint Socle des compétences limité aux personnels non qualifiés et de plus tourné vers la bureautique des années 80).

– La règlementation et le contrôle de plus en plus serrés empêchent l’innovation dans ce secteur en exigeant toujours plus de preuves écrites et traditionnelles (les fiches de présences, les déroulés pédagogiques, la certification impossible, mais exigée de la qualité) de la réalité des formations.

– Les difficultés du marché de la formation ne permettent en rien à la concurrence de s’exercer : le marché de la formation est à la fois miné par deux années de non-développement, le favoritisme envers des organismes publics de formation (sans capacités d’innovation) et enfin la quasi-impossibilité pour de nouveaux opérateurs innovants de pénétrer désormais un marché à la fois sinistré, fermé et protégé.

La formation des chômeurs ne créera pas d’emplois (sauf pour des formateurs précaires dans des organismes publics). Que 30 000 ou 500 000 chômeurs de plus soient formés cette année ne changera pas la donne dans les entreprises : une PME ne prendra ni stagiaires ni m’embauchera après leur formation des chômeurs si ses affaires périclitent.

L’emploi (ni la formation) ne crée l’activité, mais à l’inverse c’est d’abord l’activité qui entraîne l’investissement puis ensuite l’emploi (le but d’une entreprise n’est pas de créer de l’emploi, mais de générer des profits). En 2008, Warren Buffet a eu cette déclaration, parfaitement adaptée aux pays immobiles ou passéistes : « C’est quand la mer se retire qu’on voit ceux qui se baignaient nus ».

Source : lesechos.fr