Faut-il mieux encadrer les médicaments aromatisés ?

Du paracétamol goût cappuccino, un antidiarrhéique parfumé à la fraise… les médicaments aromatisés se multiplient. L’Agence nationale de santé du médicament (ANSM) souhaite mieux contrôler la publicité autour de ces produits.

Pour les enfants, prendre un médicament est rarement une partie de plaisir. Alors, depuis des années, les laboratoires pharmaceutiques rivalisent d’imagination pour leur faire avaler la pilule. Et ils ont trouvé la parade : ajouter un bon goût de fruits rouges ou d’agrumes aux médicaments. Une bonne idée sur le principe, mais selon Michèle Delaunay, députée PS de la Gironde, l’objectif est clairement commercial. « Un médicament, on ne l’achète que pour ses vertus thérapeutiques. Et bien aujourd’hui, le marketing est fait sur le goût et le parfum. Donc ça n’est plus un médicament, c’est comme quand on vous vend un shampoing qui a tel goût ou une crème parfumée qui a l’odeur de la banane », estime-t-elle.

Des risques d’hépatites aiguës sévères
Michèle Delaunay a alerté le ministère de la Santé sur les risques de ces médicaments aromatisés. Dans son viseur : le paracétamol. À la manière d’un bonbon, les Doliprane®, Efferalgan®, Daffalgan®, et autres Fervex®, se déclinent désormais dans toutes les saveurs. Mais ils n’ont rien d’une friandise. Comme tout médicament, ils peuvent être toxiques. « Dès que l’on est au-dessus de deux ou trois fois la dose, le foie qui le métabolise, est saturé. Mais si vous atteignez quatre fois la dose parce que l’enfant a piqué les médicaments dans le tiroir, le risque, c’est une hépatite aigue sévère qui peut entraîner une admission aux urgences voire une destruction du foie qui nécessitera une greffe », explique Michèle Delaunay.

Crainte d’une assimilation entre médicaments et confiseries
Cette croisade contre les médicaments aromatisés surprend les fabricants : « Il n’y a pas de problème de santé publique. Nous n’avons pas eu de remontée de cas d’incidents », observe l’Association pour une automédication responsable (AFIPA) qui défend les intérêts des fabricants de médicaments vendus sans ordonnance. « Contrairement à ce que l’on entend, cela n’est pas quelque chose qui se développe à tout va. Aujourd’hui, il y a 122 références de médicaments aromatisés sur 15.667 médicaments en automédication, donc ça représente moins de 1% des références », rappelle l’AFIPA.

Pour clore le débat, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a tranché. Peu importe le nombre de produits concernés, elle estime que la communication autour des médicaments aromatisés doit être mieux encadrée. « Même s’il y en a peu, on a une tendance à ce qu’il y ait de plus en plus de publicités pour ces médicaments qui met en exergue, pour vendre, cet arôme, ce goût. Donc l’ANSM a décidé d’être beaucoup plus exigeante sur ces packagings pour qu’il n’y ait pas d’assimilation entre médicaments et confiseries », affirme Carole Le Saulnier, directrice des affaires juridiques et réglementaires de l’ANSM.

Profil bas pour les arômes
Pour plus de clarté, l’ANSM publie aujourd’hui sur son site Internet, ses recommandations officielles. Elle n’interdit pas l’utilisation d’arômes dans les médicaments, mais elle exige que le nom de l’arôme apparaisse sur la boîte : « de façon neutre et sans caractère promotionnel (…) les demandeurs et titulaires doivent veiller notamment à ce que la mention de l’arôme sur le conditionnement extérieur des médicaments apparaisse de manière non ostentatoire ».

En attendant, pour masquer le goût d’un médicament, n’oubliez pas qu’il est toujours possible de préférer les bonnes vieilles méthodes aux arômes : le diluer par exemple dans un yaourt, ou dans un verre de jus d’orange.

Source : frantvinfo.fr