Comment faire face à la grande mutation des emplois à venir

La vague technologique que nous connaissons va profondément bouleverser nos emplois et, par conséquent, la carte de nos territoires. Il faut investir à bon escient pour éviter que les nouveaux emplois à venir ne profitent qu’aux métropoles.

Le Conseil d’orientation pour l’emploi l’a montré : 50 % des emplois actuels vont voir leur contenu profondément transformé au cours des deux prochaines décennies. Il ne faut pas se le cacher, des emplois vont aussi disparaître : autour de 10 % d’entre eux sont très vulnérables dans un contexte d’automatisation et de numérisation.

Les emplois menacés par la vague technologique actuelle sont, pour l’essentiel, des emplois peu ou pas qualifiés. La plupart dans l’industrie (certains ouvriers des industries de process, de la manutention, de la mécanique), mais aussi dans l’agriculture (certains maraîchers, jardiniers, viticulteurs), le bâtiment (des ouvriers du gros oeuvre du bâtiment), mais aussi les services (banques et assurances, agents d’entretien, aides à domicile, conducteurs de véhicules, cuisiniers, employés et agents de maîtrise de l’hôtellerie et de la restauration, caissiers).

Certains territoires seront particulièrement touchés par cette évolution. Trois types de zones d’emploi sont particulièrement exposés. Celles où les secteurs industriels «traditionnels», représentent une grande part de l’emploi local. Celles qui se caractérisent par une forte densité en faibles qualifications. Celles enfin où les métiers correspondant à des tâches «routinières» – et donc «automatisables».

C’est une priorité nationale que de protéger et de réarmer ces territoires et les personnes qui y vivent, en agissant sur tous les leviers. On a tendance à oublier que les nouvelles technologies ont créé beaucoup plus d’emplois qu’elles en ont détruits, y compris dans la période récente. Elles vont continuer à en créer. Les emplois liés aux technologies elles-mêmes, à leur conception, leur diffusion ou leur maintenance représentent environ de 4 % de l’emploi.

Les grandes aires urbaines privilégiées

C’est peu, mais l’emploi dans ce secteur progresse quatre fois plus vite que la moyenne. Principalement masculin pour l’instant, très qualifié, il se concentre dans les métropoles. La moitié se situe en Ile-de-France : il y représente 7 % de l’emploi local, contre moins de 2 % en Bourgogne-Franche-Comté ou en Normandie. Il y a ensuite beaucoup d’emplois induits, principalement de services (juridique, restauration, bâtiment, chauffeurs de taxi, services à la personne…).

On estime qu’un emploi créé dans les nouvelles technologies génère 4 ou 5 emplois induits. Ces emplois seront logiquement créés dans les grandes aires urbaines. Mais l’histoire le montre, l’essentiel des créations d’emploi à attendre est ailleurs, éloigné des technologies elles-mêmes comme de leur lieu de production. Les restaurants d’autoroute et hôtels n’existeraient pas sans l’invention de la voiture, mais ils ne se concentrent pas autour des usines automobiles.

Tout l’enjeu des politiques publiques est de faciliter une bonne localisation de ces investissements, implantations d’entreprises et créations d’emploi partout en France, en particulier dans les territoires défavorisés : il serait erroné de miser sur les seules métropoles et vain de parier sur le seul «ruissellement» pour créer de l’emploi partout. L’enjeu est aussi, pour les autorités locales, de savoir attirer et retenir les talents.

Mais les emplois ne se créent pas nécessairement au moment où d’autres sont détruits, ni au même endroit, ni ne requièrent les mêmes compétences. Réduire la période de transition entre destructions et créations d’emploi, élaborer une stratégie nationale pour les compétences avec pour priorité les personnes et les territoires vulnérables, rendre les mobilités professionnelles et géographiques plus aisées est donc indispensable.

Le retour de la proximité

Attention cependant : la mobilité géographique n’est pas toujours possible pour beaucoup de personnes à faibles qualifications et revenus, et cela pour des raisons culturelles, familiales mais aussi économiques (coût du logement). Limiter son ambition à favoriser la mobilité des personnes signerait l’arrêt de mort de certains territoires déjà mal en point.

Au cours des dernières décennies, des entreprises ou des fonctions se sont délocalisées. Cette tendance ne va pas disparaître. Mais elle ne sera plus seule à l’oeuvre. La nouvelle vague technologique va avoir des effets inverses et accroître l’attractivité de la France. Les consommateurs veulent des produits et services individualisés, de la proximité. Les réglementations environnementales se renforcent. Le coût des transports doit augmenter.

Des entreprises prennent conscience de la vulnérabilité de certaines chaînes d’approvisionnement mondialisées. Les coûts de production augmentent dans les pays émergents. Pour certaines productions intensives en main-d’oeuvre, la robotisation et la numérisation vont réduire l’importance des coûts salariaux dans les décisions de localisation. Dans d’autres secteurs, la fabrication additive (impression 3D) pourra permettre dans quelques années de produire près du consommateur final, rapidement et à moindre coût, des pièces individualisées ou de rechange.

Enfin, de nouveaux produits et services faisant appel aux nouvelles technologies nécessiteront de l’emploi local pour assurer leur mise à disposition, leur bon fonctionnement ou un service complémentaire nécessitant une relation humaine. A nous de comprendre rapidement que l’attractivité de la France peut s’en trouver renforcée et d’agir en conséquence.

Source : lesechos.fr