Enfin une baisse de charges pour l’industrie

Alors que François Hollande a entériné, mercredi, le cuisant échec de sa réforme constitutionnelle et que les opposants au projet de loi travail jettent ce jeudi toutes leurs forces dans la bataille, d’autres dossiers font couler moins d’encre mais méritent un coup de projecteur. Pour la première fois depuis que la stratégie de baisse des charges a été engagée en France, en 1993, des allégements ciblés sur les salaires intermédiaires (1,6 à 3,5 SMIC) et non pas sur les bas salaires entrent ainsi en vigueur à compter du 1er avril. Un premier pas avait été fait avec l’instauration du crédit d’impôt compétitivité emploi, qui réduit le coût du travail jusqu’à 2,5 SMIC. Mais le Cice joue aussi au niveau du salaire minimum, à la différence de ces nouveaux allégements. Ce ciblage est osé mais salutaire. Osé, parce qu’il ressort des travaux des économistes de tout bord que les baisses de charges ciblées sur les bas salaires ont un effet bénéfique sur l’emploi plus important à court terme. D’où la préférence des gouvernements successifs pour ce levier. Mais salutaire, parce qu’en privilégiant pour la première fois les salaires intermédiaires, cette réforme est mieux à même de renforcer l’économie française sur le long terme, en favorisant les secteurs exposés à la concurrence internationale, au premier rang desquels les secteurs industriels. Ceux-ci vont bénéficier d’un allégement 30 % supérieur à ce qu’il aurait été dans le cadre du ciblage bas salaires habituel (jusqu’à 1,6 SMIC). Bien sûr, ce système reste imparfait – des secteurs « abrités » où les salaires sont plus élevés (banque, immobilier, etc.) vont aussi y gagner davantage – et des voix s’élèveront toujours pour réclamer des baisses de charges réservées uniquement aux secteurs exposés, en faisant semblant de ne pas savoir que cette option est formellement interdite par les règles de concurrence européennes. Mais l’essai mérite d’être tenté, alors que les allégements bas salaires (hors Cice) accumulés depuis 1993 représentent 25 milliards d’euros et bénéficient à hauteur de 80 % à des secteurs protégés (grande distribution, construction, etc.). Le pari des allégements sur les salaires intermédiaires est celui de la montée en gamme : les emplois sont créés majoritairement dans des secteurs où la productivité augmente plus rapidement, et des gains à l’export peuvent être escomptés. A long terme, le surcroît de PIB est plus fort, et l’effet emploi peut s’avérer équivalent aux allégements bas salaires. L’efficacité de la mesure dépendra certes de l’utilisation faite par les entreprises des allégements, qui pourraient être captés par des hausses de salaire annulant l’effet compétitivité. Mais cette réserve s’applique à toutes les formes d’allégement.

Source : lesechos.fr