Diabète : « une fracture sociale » dans l’accès à l’innovation en France

La Fédération française des diabétiques déplore la non prise en charge financière des capteurs de glucose en continu, un appareil susceptible d’améliorer le suivi de la maladie chronique et de d’empêcher certaines complications, qu’une partie des malades ne peut se payer. Le dispositif pourrait toutefois être pris en charge par l’Assurance maladie dans les mois à venir.

Si les questions de l’accès à l’innovation tournent beaucoup autour du prix onéreux des nouveaux anticancéreux, celle de l’accès pour tous à certains dispositifs médicaux fait également parler. Ainsi, la Fédération française des diabétiques et d’autres organisations militent pour le remboursement par l’Assurance maladie des capteurs de glucose en continu. Des pétitions circulent à ce sujet.

Ce capteur de glucose connecté permet d’automatiser le suivi de la glycémie, et d’optimiser les injections d’insuline. « C’est une amélioration de la qualité de vie et cela permet d’avoir un meilleur suivi rapport à la maladie », assure Caroline Guillot, responsable du Diabète Lab à la Fédération française des diabétiques.

« Un peu peu plus de 20.000 personnes disposent d’un capteur de glucose en continu en France. On crée une fracture sociale, entre les patients qui peuvent se le payer et ceux qui ne le peuvent pas. Il faut permettre à tous d’avoir accès aux innovations thérapeutiques », lance Gérard Raymond, président de la Fédération française des diabétiques, lors d’une conférence de presse, mardi 8 novembre. Le coût proposé par l’industriel est de 124 euros par mois, rappelle–t-il.

« Cet outil est disponible dans la majorité des pays occidentaux. La France est à la traîne en termes d’obtention du remboursement », avance le docteur Jean-Pierre Riveline, diabétologue à l’hôpital Lariboisière.

Les dangers d’un mauvais suivi

Avec cet outil, les diabétiques de type 1 qui représentent 10% des personnes touchées par la maladie en France, soit autour de 350.000 personnes, et une partie de ceux atteints d’un diabète de type 2 pourraient voir le suivi de leur maladie amélioré.

Le capteur est une vraie amélioration par rapport au suivi manuel, la glycémie capillaire. Celle-ci consiste à mesurer le taux de sucre dans le sang en prélevant une goutte de sang au niveau du doigt, puis en l’analysant avec un glucomètre. En moyenne, avec ce système, un patient fait deux glycémies par jour, alors que la Haute autorité de santé en préconise six.

Un mauvais suivi peut créer un diabète de type 1 mal équilibré pouvant entraîner des AVC, la cécité, des maladies du cœur, être responsable de la hausse du risque de démence chez les diabétiques…. Et le bilan est lourd. Au total, les diabètes de type 1 et de type 2 sont responsables de 34.000 morts en France, selon la Fédération française des diabétiques.

Une question de temps pour obtenir un remboursement

La mise en place du remboursement de ces appareils médicaux semble toutefois être une question de temps. La Haute autorité de santé a jugé en juillet que le capteur de glucose en continu Freestyle Libre, fabriqué par Abbott, améliorait le service médical rendu de façon « modérée » (ASMR III) et peut donc prétendre à une prise en charge de l’Assurance Maladie. Les autres capteurs de glucose en continu ont obtenu un ASMR IV, c’est-à-dire un service médical rendu faible, mais peuvent également prétendre à un remboursement, selon les critères de la Haute autorité de santé.

Les dossiers de demande de prise en charge viennent d’être déposés au Comité économique des produits de santé, en charge de la fixation des prix des médicaments et dispositifs médicaux pris en charge par l’Assurance maladie, rappelle Gérard Raymond. Mais le traitement des dossiers peut atteindre les 480 jours, selon le Syndicat national de l’industrie des technologies médicales (Snitem), alors que le CEPS dispose de 180 jours maximum pour le faire en théorie.

Source : latribune.fr