Déserts médicaux : le fragile essor des maisons de santé

Le gouvernement a fixé l’objectif de 1.200 structures à la fin de 2017. Pour l’Ordre des médecins, qui doit publier une enquête en janvier, ces regroupements sont une bonne idée, mais pas la panacée.

Fin 2015, on comptait quelque 800 maisons de santé en France. Ces structures qui accueillent des médecins libéraux, et parfois des infirmières, des kinésithérapeutes ou des dentistes, ont fleuri à travers le pays depuis 2012, fertilisées par des financements publics croisés. Le gouvernement et les élus locaux y voient, en effet, un moyen de lutter contre la progression des « déserts médicaux ». « Il y avait 150 maisons de santé pluriprofessionnelles en 2012 ; il y en aura 1.200 fin 2017 ! », s’est réjouie récemment la ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine, en présentant le dernier projet de budget de la Sécurité sociale du quinquennat. L’exécutif en a même promis 1.400 en 2018. « Les maisons de santé sont l’avenir », a-t-elle assuré.

Devant cette mutation rapide du paysage professionnel, l’Ordre des médecins a lancé une enquête de terrain pour savoir si les maisons de santé remplissent leurs promesses. Ses résultats seront rendus publics en janvier. François Arnault, médecin lui-même et maire d’une petite commune, a été chargé de mener cette enquête. Les maisons de santé, tangibles ou bien virtuelles (des professionnels en réseau), sont « ce qui se fait de mieux pour structurer l’offre de soins sur le territoire », estime-t-il. Mais elles se heurtent à deux écueils. D’abord, la viabilité financière, avec un investissement de départ élevé – 800.000 euros en moyenne – et des financeurs multiples (Assurance-maladie, département, ville…) qui peuvent se retirer d’une année sur l’autre. Ensuite, l’absence d’un projet médical « précis, réaliste et à l’échelle de la communauté de communes ».

« Les maires qui construisent une maison et pensent pouvoir la remplir plus tard courent à la catastrophe », souligne François Arnault. Selon lui, les politiques volontaristes pour recruter des médecins sont « rarement efficaces » : elles permettent parfois de trouver un praticien étranger, mais ce dernier risque de partir au bout de quelques années. Les expériences les plus réussies ont été initiées par des professionnels de santé qui ont cherché à s’organiser tout seuls.

Dossiers partagés

Ainsi, six médecins généralistes exerçant dans la montagne limousine, en Corrèze et dans la Creuse, se sont mis en réseau pour couvrir ensemble les besoins de la population sur un rayon de 70 kilomètres. Les dossiers patients sont partagés, et ces médecins se déplacent le week-end chez le patient. Sans la moindre subvention. De même, François Arnault cite l’exemple de huit cardiologues libéraux du Luberon qui ont créé une société d’exercice libéral à responsabilité limitée, au sein de laquelle les gardes sont assurées, ainsi que sept semaines de vacances par an. Les associés perçoivent une rémunération fixe et se répartissent les dividendes en fonction de l’activité de chacun. Ce pôle a accès aux plateaux techniques publics, car deux de ces associés ne sont pas des libéraux mais des praticiens hospitaliers à temps partiel.

Selon François Arnault, il faut tirer la leçon de ces expériences et partir du « bassin de proximité », plutôt que d’un territoire administratif, pour bâtir une maison de santé. Elle peut s’organiser sans surcoût. On pourrait donc réduire le nombre de subventions disponibles, et recentrer les fonds publics sur certains engagements comme la permanence des soins. Mais il faudrait aussi renoncer à vouloir tout faire avec la maison de santé : prendre des étudiants en stage, c’est une bonne idée, mais encore faudrait-il avoir un logement et un bureau pour l’interne, ce qui revient cher.

Source : lesechos.fr