Des propositions pour rendre l’hôpital plus attractif

Le rapport Le Menn fait des suggestions, parfois coûteuses, pour lutter contre la pénurie de médecins.
La pénurie de médecins tant annoncée arrive à l’hôpital. Entre 2015 et 2020, près de 30 % des praticiens hospitaliers devraient partir à la retraite. Le numerus clausus a bien été desserré, mais les recrues supplémentaires n’arriveront que dans cinq ans. C’est pour faire face à cette situation délicate que la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a commandé un rapport à deux experts, Jacky Le Menn et Paul Chalvin. Ces « 57 propositions pour donner envie aux jeunes médecins d’exercer à l’hôpital public et à leurs aînés d’y rester » ont été remises en juin mais n’ont pas été publiées.
Selon ce document que « Les Echos » ont pu consulter, pour attirer les médecins vers l’hôpital, il va falloir à la fois revaloriser leur rémunération et poursuivre la réorganisation des temps de travail. Un programme assurément coûteux mais non chiffré, alors que la progression des dépenses de santé doit encore ralentir fortement en 2016 et 2017. Les auteurs précisent que les mesures ayant des conséquences financières devront être étalées sur cinq ans.
D’après le rapport, les praticiens hospitaliers en début de carrière, c’est-à-dire titularisés après une douzaine d’années d’études, devraient être mieux payés pour ne pas partir dans le privé. Soit 1.000 euros de plus par an au premier et deuxième échelon pour un plein-temps, et autour de 2.000 euros de plus aux échelons 3, 4 et 5. Par ailleurs, les années d’Internat devraient être prises en compte à 50 % dans l’ancienneté.
Etendre l’accord urgentistes
Mais il faut aussi pourvoir les postes dans les zones en tension, et éviter le recours à l’intérim. Pour cela, la mission propose d’encourager les praticiens titulaires à être encore plus mobiles, en créant une « prime de solidarité territoriale » mieux dotée que l’actuelle indemnité multisite. Elle inclurait une « part fixe d’équipe » de 100 euros net mensuels, 200 dans les zones sous tension, et une « part individuelle » supérieure aux 415 euros actuels. Ces pools de médecins volants titulaires seraient constitués et rémunérés par les futurs groupements hospitaliers de territoire (GHT) et non par l’autorité régionale de santé. Avec la mobilité, une autre conception du métier se fait jour : « L’exercice peut aussi permettre à un praticien de centre hospitalier de conserver un lien avec le CHU qui l’a formé, en y exerçant par exemple à raison d’une demi-journée par semaine, afin de développer ses compétences, d’entretenir des relations professionnelles avec les confrères, ou d’accéder à un plateau technique de pointe », souligne la mission.
Par ailleurs, les rapporteurs saluent l’accord passé entre le gouvernement et les urgentistes en décembre. La nouvelle façon de décompter le temps de travail, en volume horaire et non en demi-journées, avec 39 heures dédiées au travail clinique posté et un forfait pour les autres activités, pourrait être étendue à d’autres professions (anesthésie, obstétrique, réanimation…), si les équipes médicales en font la demande, estiment-ils. Les directeurs d’hôpital, qui estiment déjà que l’accord urgentistes va leur coûter 90 millions d’euros, risquent de ne pas apprécier la proposition.

Source : Les Echos