Des ados abusent de médicaments contre le mal des transports

L’agence nationale du médicament rappelle les risques du mésusage de médicaments contre le mal des transports à des visées récréatives par certains adolescents.

Le Nausicalm, le Mercalm et la Nautamine, destinés à diminuer les symptômes du mal des transports sont consommés par certains adolescents dans un but récréatif. Jusqu’en octobre 2015, ils étaient en libre accès et ne nécessitaient pas de prescription. Depuis, l’Agence nationale de santé et du médicament (ANSM) a interdit leur libre accès en pharmacie après un avis favorable de la Commission des stupéfiants et des psychotropes qui a mis en évidence, grâce à une enquête d’addictovigilance, une utilisation abusive de ces substances à des fins récréatives (à fortes doses: hallucinations, délires), principalement chez des adolescents ou des jeunes adultes. Aujourd’hui, l’ANSM appelle les médecins à ne pas relâcher leur vigilance.

Ces médicaments, des antihistaminiques de première génération bloquent l’action de l’histamine. Cette molécule est fabriquée par certaines cellules immunitaires, qui sont suractivées dans l’allergie, mais aussi par certains neurones. «C’est un neuromédiateur, qui au même titre que la sérotonine, agit sur des zones du cerveau qui régulent la vigilance et l’expression des émotions. Elle est impliquée dans certains troubles du comportement comme l’anxiété» explique le Pr François Chast, chef du service de pharmacie clinique des hôpitaux universitaires Paris Centre (Hôtel-Dieu, Cochin, Broca). Les antihistaminiques peuvent donc soulager les symptômes de l’allergie (démangeaisons, nez qui coule, toux) mais aussi les nausées, sueurs froides et vomissements caractéristiques du mal des transports dus à une mauvaise interprétation des informations perçues par le cerveau lors du déplacement. Leur absorption aux doses usuelles peut entraîner une somnolence.

Lorsque leur utilisation à des fins récréatives est régulière et exagérée, une dépendance apparaît. En cas de surdosage, l’ANSM signale des cas de troubles de la conscience, de psychoses, de convulsions, d’excitation, de confusion mentale, d’hallucinations, d’hyperthermie, de comas, d’accélérations ou troubles du rythme cardiaque et parfois d’ insuffisances respiratoires.

«Ces produits ont une dangerosité médicale spécifique avec des vraies possibilités de décès par overdose, mais il ne faut pas dramatiser la situation» précise Michel Lejoyeux, directeur du service de psychiatrie et d’addictologie à l’hopital Bichat. Ces médicaments sont bien tolérés quand ils sont pris en prise unique et qu’on les utilise bien. C’est le mésusage qui crée l’addiction et le syndrome de sevrage (symptômes neurologiques et physiques) à l’arrêt des médicaments qui est dangereux.

Des adolescents en souffrance

Selon le Pr Lejoyeux, ces comportements de détournement d’usage sont révélateurs d’une souffrance que les jeunes essaient de traiter de manière un peu sauvage avec des substances qu’ils considèrent comme magiques. «Tout produit facile d’accès qui représente la promesse d’être autrement, d’une expérience nouvelle ou de changement de vie est intéressant pour celui qui ne va pas bien mais c’est un leurre» décrypte-t-il. La consommation régulière de ce type de substances entraîne une dépendance et des troubles neurologiques comme des difficultés d’apprentissage et d’intégration à la vie scolaire et sociale que l’on pourrait rapprocher de ceux engendrés par le cannabis. «Leur toxicité est d’autant plus importante qu’à cet âge, la maturation cérébrale n’est pas terminée», prévient le Pr Chast.

Les mesures d’addictovigilance comme celle de l’ANSM visant à restreindre l’accès à ces produits sont essentielles mais les addictologues s’accordent sur le fait qu’il faut aussi s’adresser à la souffrance des adolescents et combattre la croyance que seuls ces médicaments peuvent les faire aller mieux. Il faut, en parallèle d’un message de prévention et d’interdiction du produit, prendre en compte leur mal-être en leur proposant une alternative pour les soulager comme une psychothérapie par exemple. «On ne travaille pas assez le sujet de la morosité et du bien-être, je pense que leur transmettre des informations sur la manière d’aller mieux sans produit est primordial», conclut le Pr Lejoyeux.

Source : lefigaro.fr