Cumuler revenus et indemnités chômage freine le retour à l’emploi

Le dispositif permettant de cumuler rémunération professionnelle et allocation chômage ne permettrait pas un retour vers l’emploi stable, selon une étude du Centre d’étude de l’emploi et du travail. Seuls 8% des bénéficiaires de ce cumul finiraient par trouver un CDI.

Travailler pendant quelques temps en activité réduite tout en bénéficiant d’une indemnité chômage ne serait pas vraiment un tremplin à la reprise d’un emploi durable: voilà la conclusion d’une étude publiée fin octobre par le Centre d’étude de l’emploi et du travail (CEET). Selon ce rapport, qui expose les résultats d’une analyse statistique des fichiers d’inscrits à Pôle emploi et d’entretiens menés dans trois régions (Picardie, Ile-de-France et Bretagne), le dispositif permettant de cumuler rémunération professionnelle et allocation chômage ne porterait pas ses fruits. Seuls 8% des bénéficiaires de ce cumul finissent par trouver un CDI.

L’activité réduite est définie comme toute activité exercée par une personne tout en restant inscrite comme demandeur d’emploi: cette définition caractérise les demandeurs d’emploi inscrits dans les catégories B et C de Pôle emploi. On compte actuellement un peu moins de 2 millions de travailleurs en activité réduite: la dernière statistique mensuelle de Pôle emploi recense environ 740.000 travailleurs en catégorie B (qui travaillent moins de 78h par mois) et plus de 1,25 million de travailleurs en catégorie C (qui travaillent plus de 78h par mois). La proportion de demandeurs d’emploi en activité réduite a connu une forte augmentation en 30 ans, selon le CEET.

La majorité des activités réduites ont une durée inférieure à 3 mois, voire inférieure à un mois pour 40% des activités réduites en CDD, et sont effectuées dans des établissements de moins de 10 salariés: elles consistent principalement en des activités de sécurité, de nettoyage ou de conditionnement. L’activité réduite est bien plus souvent subie que voulue, selon l’étude. Les travailleurs acceptent ce type d’activités faute de mieux, ce qui n’est pas sans conséquences: le recours répété à des activités réduites conduit souvent à des situations de déclassement scolaire, professionel et social, et à une détérioration de leur situation financière. La priorité des demandeurs d’emploi en activité réduite reste la recherche d’un emploi stable: pourtant, ils ne sont que 8% à obtenir un CDI.

De multiples freins au retour à l’emploi stable

Le CEET réfute l’idée commune selon laquelle cumuler rémunération professionnelle et allocation du chômage inciterait au retour à l’emploi durable. Les bénéficiaires d’indemnités ont peu de chances de se retrouver dans des trajectoires conduisant à un emploi durable ou à une activité réduite longue: près d’un quart des travailleurs cumulant activité réduite et indemnités se retrouvent contraints d’enchaîner des CDD de courte durée à temps partiel. «Percevoir le RSA augmente le risque de se trouver dans le groupe des demandeurs d’emploi qui se retrouvent durablement au chômage en catégorie A (demandeur d’emploi sans activité professionnelle) ou exerçant une activité réduite courte», affirme ainsi l’étude.

Les résultats indiquent que les caractéristiques des demandeurs d’emploi qui ont eu recours à une activité réduite influent sur leur trajectoire professionnelle: ainsi, les seniors, les femmes en activité réduite et les travailleurs n’ayant pas la nationalité française ont moins de chance d’obtenir un emploi, mais plus de chances de se trouver durablement en activité réduite. A contrario, le fait d’être diplômé ou cadre accroît les chances de revenir à un emploi durable.

Le motif d’inscription à Pôle emploi est également un facteur important: les demandeurs d’emploi à la suite d’un licenciement économique ou d’une mission d’intérim ont moins de chance de sortir durablement du chômage vers un emploi stable. Les problèmes de santé, les accidents du travail ou les discriminations subies par les travailleurs sont également des freins à la sortie du chômage.

Source : lefigaro.fr