Le CPF franchit la barre du million de formations validées

Deux ans et demi après son lancement, le dispositif souffre de défauts d’organisation.

Un système « incontestablement complexe », une information sur les certifications « largement perfectible », un pilotage stratégique à « renforcer »… Malgré le bilan en demi-teinte que vient de dresser le Cnefop, une instance réunissant l’Etat, les régions, les partenaires sociaux et les principaux opérateurs du secteur, le compte personnel de formation (CPF) a trouvé son public. Deux ans et demi après son lancement, le dispositif vient de franchir la barre du million de dossiers validés.

Mis en place avec la réforme de 2014, financé par une contribution de 0,2 % de la masse salariale des entreprises de plus de 10 salariés, le CPF est attaché à une personne tout au long de son parcours professionnel. Il repose sur un nombre d’heures créditées chaque année et remplace le DIF (droit individuel à la formation). Un salarié à temps plein reçoit par exemple 24 heures par an jusqu’à 120 heures, puis 12 heures par an, avec un plafond de 150 heures. Malgré un rattrapage massif, la part des dossiers émanant des salariés reste deux fois moindre que celle des demandeurs d’emploi. Ce sont les 26-49 ans qui se servent le plus de leur compte.

D’un point de vue quantitatif, le succès est au rendez-vous. Sur le fond en revanche, bien des questions se posent. Ce qui interpelle le plus, c’est l’utilisation qui est faite du CPF : malgré une dizaine de milliers de certifications éligibles, la très grande majorité des demandes continuent de se concentrer sur une poignée d’entre elles, comme l’anglais pour les salariés (lire ci-contre). Le marketing des organismes de cours de langue y est pour quelque chose, mais l’écosystème très défaillant du CPF aussi. En cause, l’hypercomplexité de la gestion « à la française » des listes de certifications. Pour ne rien arranger, les efforts entrepris pour les découper en blocs de compétences se font en ordre dispersé, à l’encontre de l’objectif poursuivi, à savoir pouvoir suivre une formation en plusieurs fois ou favoriser des passerelles entre métiers.

Question de la solvabilité

Ce problème rejaillit évidemment sur l’information accessible depuis le site Internet du CPF, malgré des améliorations notables. Autre problème, très technique, les systèmes informatiques du compte personnel de formation, des organismes qui le financent et de ceux qui sont censés accompagner les personnes, sont peu ou mal connectés. « La crise de croissance est perceptible », résume le rapport du Cnefop, qui formule une dizaine de propositions pour améliorer le « pilotage stratégique ». C’est d’autant plus nécessaire que, au-delà des défauts d’organisation ou techniques, le nombre croissant de demandes de formations va soulever, « à court ou moyen terme », la question de la solvabilité financière du dispositif.

Abondements compris, le CPF a mobilisé 1,8 milliard d’euros en 2016. Soit un milliard de plus qu’en 2015. Pour l’instant, l’argent ne manque pas. Mais demain ? Qui paiera pour les indépendants à partir de 2018 ? La loi El Khomri a par ailleurs rajouté les permis de conduire et les bilans de compétences dans les certifications éligibles au CPF. Autant de questions que le gouvernement ne manquera pas d’aborder à la rentrée, le programme d’Emmanuel Macron prévoyant de faire du CPF la pierre angulaire de sa réforme de la formation professionnelle.

Source : lesechos.fr