Contrats aidés: la majorité des employeurs reconnaissent un effet d’aubaine

Les services statistiques du ministère du Travail ont interrogé 11.000 employeurs de salariés embauchés en contrat aidé. Leur enquête démontre les limites de ce type d’aides à l’embauche, extrêmement coûteuses pour l’État.

Depuis les années 1980, les gouvernements français s’adonnent massivement aux contrats aidés, des contrats de travail pour lesquels l’employeur bénéficie d’une aide de l’État. En période de crise, ce coup de pouce à l’embauche est même perçu par les politiques comme un levier indispensable de lutte contre le chômage. Le gouvernement actuel ne fait pas exception à la règle: en 2016, les divers contrats aidés coûteront même 2,5 milliards d’euros au budget du pays.

Tous les économistes critiquent pourtant l’efficacité de ces contrats. Selon plusieurs études, le taux de réinsertion professionnelle, à moyen terme, des salariés embauchés dans de telles conditions apparaît plus faible que celui des chômeurs qui n’en ont pas bénéficié. L’enquête menée par les services statistiques du ministère du Travail, la Dares, auprès de 11.000 employeurs de salariés en contrats aidés, confirme ce point de vue. Elle a été menée en 2014, six mois après l’embauche des salariés en contrats aidés.

L’enquête démontre que les contrats aidés du secteur marchand sont bien plus efficaces que ceux du non marchand, en terme d’insertion professionnelle. Alors que 37% des employeurs non marchands (associations, collectivités territoriales, éducation nationale, hôpitaux…) pensent maintenir leur salarié dans l’établissement après la fin de l’aide financière publique, ce taux monte à 84% pour les employeurs du privé, et même 88 % dans le secteur de l’hébergement et de la restauration.

Coup de pouce intégré aux stratégies RH

Ces excellents résultats dans le privé sont toutefois à prendre avec des pincettes: 58% des employeurs concernés reconnaissent un effet aubaine. Même sans l’aide de l’État, ils auraient embauché le salarié en question, et pour la grande majorité d’entre eux à temps plein. En revanche, seulement un employeur non marchand sur cinq aurait embauché son salarié sans coup de pouce.

Le système des contrats aidés semble d’ailleurs parfaitement intégré aux rouages RH du secteur public. Selon l’étude, 84% des employeurs du non marchand avaient, dès le départ, l’intention de recruter en contrats aidés, contre 31% de employeurs du secteur marchand. Quasiment un tiers des salariés en contrats aidés dans le non marchand (45% pour les établissements sanitaires et sociaux, mais 2% pour le secteur marchand) ont ainsi été embauchés en remplacement d’un précédent contrat aidé.

Conclusion: le gigantesque budget alloué aux contrats aidés bénéficie bien plus aux structures qui accueillent les salariés, entreprises comme acteurs de la sphère publique, qu’aux personnes concernées.

Source : lefigaro.fr