Comment le vieillissement de la population européenne va ralentir la croissance du continent et pourquoi la France pourrait bien s’en tirer

Le vieillissement démographique de la zone euro et de sa main-d’œuvre risque de ralentir l’augmentation de la productivité dans les années à venir et pourrait avoir un effet très négatif sur l’activité économique. La France, moins soumise à ce phénomène, pourrait tirer son épingle du jeu.

Atlantico : Selon une publication du FMI, le vieillissement démographique de la zone euro et de sa main-d’œuvre risquerait de ralentir l’augmentation de la productivité dans les années à venir. Ainsi, les salariés de plus de 50 ans verraient leur productivité décroître. Quelles incidences sur la croissance, qui est à long terme principalement influencée par la productivité ?

Gilbert Cette : Le vieillissement de la population en âge de travailler peut effectivement impacter la croissance de la productivité, dans un sens d’ailleurs pas totalement évident. Mais l’enjeu premier pour les perspectives de croissance de la productivité n’est pas là. Il est surtout dans le possible choc technologique que les pays les plus avancés peuvent connaitre sur la prochaine décennie. L’ampleur de ce possible choc est elle-même très incertaine, mais elle pourrait être très forte. On observe une absence de consensus sur cette question cruciale, certains économiste étant très pessimistes, d’autres au contraire très optimistes.

Mais il est clair que si les rythmes actuels de croissance de la productivité devaient se prolonger durablement, les difficultés pour de nombreux pays avancés à affronter des problèmes comme le désendettement public, le vieillissement de la population, la soutenabilité de la croissance… seront très fortes.

La France, dont la vitalité démographique est plus soutenue que ses partenaires, est-elle également concernée par ce phénomène ? La France sous-estime-t-elle les bienfaits de son avantage démographique ?

Le vieillissement de la population a comme première conséquence préjudiciable de réduire le ratio entre actifs et inactifs. En d’autres termes, il élève pour les actifs la charge du financement des pensions, et autres éléments de niveau de vie, de la population âgée. Si les gains de productivité demeuraient faibles, l’augmentation du pouvoir d’achat des actifs, déjà affaiblie par ces faibles gains, le serait aussi par les transferts vers les âgés, dont les retraités. A cet égard, la France bénéficie d’une démographie dynamique, qui diminue ce risque. Mais cette démographie dynamique est liée à de multiples facteurs, parmi lesquels des politiques familiales fortes. Il est impératif de ne pas affaiblir les éléments qui, dans ces politiques, contribuent à nous assurer une démographie dynamique.

Quels sont les moyens permettant de contrer un tel phénomène ? N’est-il pas déjà trop tard ? Les pouvoirs publics en ont-ils conscience ? Quelles sont les actions d’ores et déjà prises par les gouvernements et celles qui doivent encore être mises en place ?

Les politiques économiques doivent bien sûr demeurer très actives dans le domaine familial afin qu’elles contribuent au mieux à la natalité et donc au dynamisme de la population. Mais ces politiques doivent aussi éviter, comme c’est actuellement le cas pour certaines, de désinciter certaines personnes d’âge actif, et en particulier les mères de jeunes enfants, à s’éloigner du marché du travail. Un mise en cohérence des politiques visant à concilier à la fois des aides pour les gardes d’enfants et des incitations clairement tournées vers la participation au marché du travail est indispensable. Héla, pour le moment, des dispositions de la PAGE peuvent inciter des parents de jeunes enfants à quitter le marché du travail. Et bien sûr, en parallèle, les politiques visant à dynamiser la productivité du travail sont indispensable. On entre ici sur le terrain des réformes structurelles, sur lequel la France a beaucoup à faire.

Source : atlantico.fr