Chômage : le quinquennat s’achève sur une forte hausse

Le nombre de demandeurs d’emplois sans activité inscrit à Pole emploi a augmenté de près de 44.000 en mars, malgré des déclarations d’embauches qui restent très élevées, selon les chiffres publiés ce mercredi par le ministère du Travail.

Climat des affaires favorable , carnet de commandes des entreprises qui se regarnissent, promesses d’embauches record mais… chômage en hausse ! La publication ce mercredi du nombre d’inscrits à Pôle emploi pour le mois de mars, la dernière du quinquennat, sonnera comme l’aveu d’échec pour François Hollande, et servira de piqûre de rappel pour son successeur.

Après un quasi sur-place en janvier et février, le nombre de demandeurs d’emplois n’ayant pas du tout travaillé dans le mois (catégorie A) a grossi de 43.700, soit une hausse de 1,3 % – la plus forte depuis janvier 2013 – pour atteindre 3,5 millions en France métropolitaine (3,76 millions pour la France entière). Ce faisant, le premier trimestre vire nettement dans le rouge (+41.000), même si sur un an, le bilan reste dans le vert avec une baisse de 0,9 % (-31.900).

Embauches très dynamiques

Ce mauvais résultat est d’autant plus paradoxal que les déclarations d’embauches de plus d’un mois hors intérim dans le secteur privé restent très dynamiques, comme vient de le rappeler l’Acoss, l’agence qui collecte les cotisations de sécurité sociale : elles ont augmenté de 0,5 % au premier trimestre pour atteindre 1,94 million, un plus haut en 17 ans. Si l’on ajoute les 4,4 millions de CDD de moins d’un mois de janvier à mars, la hausse ressort à 2,5 %, et l’on s’achemine vers un très bon millésime 2017 sur ce front.

Toujours dans le sens d’une amélioration du marché du travail, Pôle emploi continue de bénéficier de vents favorables. D’un côté, le nombre d’inscriptions continue de baisser (-3,1 % en mars, -2 % sur un an). De l’autre, les sorties pour reprise d’emploi déclarées continuent de s’afficher au-delà de 100.000 depuis huit mois, un seuil « caractéristique des périodes de reprise », explique-t-on dans l’entourage de la ministre du Travail, Myriam El Khomri.

Baisse limitée du chômage des jeunes

Les flux restant bien orientés, l’exécutif met la hausse de mars sur le compte de mouvements au sein du « stock » de personnes inscrites à Pôle emploi. En l’occurrence, la forte hausse des catégories A provient majoritairement de demandeurs d’emplois qui étaient auparavant en catégorie C, c’est-à-dire exerçant une activité de plus de 78 heures. Cette bascule, dont on ne connaît pas l’explication précise mais qui contredit sur le papier la perception de reprise de l’emploi, peut trouver sa source dans des fins de CDD, toujours très majoritaires dans les embauches. Elle s’inscrit comme le « contrecoup des mouvements inverses observés ces derniers mois au cours desquels le nombre d’inscrits en catégorie C (…) avait augmenté », toujours selon le ministère du Travail. « L’extension de la précarité est toujours là », a dénoncé la CGT.

Avec des éléments positifs et négatifs ayant joué en mars, il est difficile de tirer une tendance du premier trimestre. Mais on peut esquisser sans risque que malgré les espoirs qu’avaient fait naître la baisse de 2016 – la première en neuf ans – l’inflexion de la courbe du chômage a perdu de sa force. Et que le bilan du quinquennat reste très largement négatif avec 585.000 demandeurs d’emplois de catégorie A de plus depuis mai 2012, dont 320.000 seniors, même si ces derniers on surtout pâti de la dispense de recherche d’emploi et du recul de l’âge de la retraite.

Le président sortant, qui avait fait des jeunes une de ses priorités, pourra se consoler avec la baisse, même limitée, de 19.000 du nombre de moins de 25 ans sans emplois en cinq ans. Mais pour que la France en finisse avec le chômage, il faudra vraiment que le nombre d’emplois créés passe à la vitesse supérieure.

source: lesechos.fr