Changement historique pour l’Afpa

Née en 1949, la vieille dame de la formation professionnelle abandonne son statut historique d’association pour passer en Epic.

« En six mois, devenez ouvrier qualifié. » Qui au sein de l’Association nationale pour la formation professionnelle des adultes, l’Afpa, a oublié ce slogan qui a fait sa réputation ? Personne probablement, même s’il remonte à… 1949. Mais le contexte, depuis, a radicalement changé, au point que la vieille dame du secteur en France, qui voit passer 150.000 personnes par an, va vivre un changement majeur au 1er janvier, avec l’abandon de son statut historique pour celui d’établissement public à caractère industriel et commercial (Epic).

L’Afpa est née au sortir de la guerre pour accompagner la reconstruction du pays, avec un objectif clair : assurer des formations accélérées d’ouvriers. Au passage, l’Etat lui cède un très vaste parc immobilier (8,5 millions de mètres carrés, 115 sites et 1.500 lits aujourd’hui), mais le transfert ne sera jamais acté, ce qui se révélera un cadeau empoisonné.

Un contexte tendu

« Pendant cinquante ans, tout allait bien », résume son président, Yves Barou. Subventions de l’Etat, prestations assurées essentiellement pour les chômeurs, sans marge mais sans concurrence non plus…. jusqu’à ce que l’arrivée des régions et l’ouverture du marché ne chamboulent tout dans les années 2000. Conséquences : des pertes brutales de parts de marché et une trésorerie qui vire au rouge vif. Sans oublier le fardeau, criant avec le temps, de l’immobilier que l’Afpa est obligée d’entretenir à ses frais sans en être propriétaire.

Pour les pouvoirs publics, pas question pour autant de laisser tomber l’opérateur historique de la formation professionnelle. La rescousse vient en 2012 sous la forme d’un prêt obligataire de 200 millions d’euros. Une convention d’objectifs et de moyens – durement négociée – apporte 110 millions annuels au titre de missions de service public. Le changement de statut, issu de la loi Rebsamen de 2015, permet de régler la question de la propriété des murs, mais pas de sa remise aux normes, que la CFDT chiffre à 1,2 milliard. L’Epic, enfin, va coiffer deux filiales commerciales pour répondre aux obligations concurrentielles sur les marchés des entreprises (formation continue des salariés) et des demandeurs d’emploi.

Pascale d’Artois, qui prendra la direction générale lundi 1er janvier, va devoir piloter ce grand chambardement, en mettant l’accent sur le virage numérique, et dans un contexte tendu. Engagé il y a quatre ans, le plan d’économies va se poursuivre en 2017 et 2018 à raison de 300 départs par an, sur un effectif de 8.000 personnes. Les syndicats s’inquiètent pour l’activité et dénoncent la souffrance au travail née de la désorganisation « généralisée » et de l’insuffisance des effectifs. Une grève pourrait éclater en début d’année.

Longtemps inquiète des risques de distorsion de concurrence, la Fédération de la formation professionnelle (privée) accueille favorablement la clarification en cours de l’Afpa. Ce qui ne l’empêche pas de rester sur le qui-vive. « Le statut d’Epic va offrir à l’Afpa la garantie illimitée de l’Etat, ce qui peut constituer une forme de financement indirect. Ses missions sont également source d’interrogations », a déclaré récemment, dans « Le Figaro », son président Jean Wemaëre.

Source : lesechos.fr