Cancer : une prise de sang pour détecter la maladie

La découverte est révolutionnaire. La cancérologue française Patrizia Paterlini-Bréchot de la faculté de médecine Necker-Enfants malades a mis au point un test qui, par une prise de sang, permet de détecter de manière précoce tout type de cancer.

Les premiers tests commencent à être commercialisés.

La ministre de la Santé Marisol Touraine voit dans ce nouveau test une « promesse de bouleversements considérables dans la prise en charge du cancer parce qu’il est particulièrement simple d’utilisation, et donc facile à généraliser ».

Cette prouesse technique, mise au point par Patrizia Paterlini-Bréchot, professeure de biologie cellulaire et d’oncologie à la faculté de médecine Necker-Enfants malades (université Paris-Descartes), consiste à détecter l’invasion tumorale au tout début du stade de la maladie. « Grâce à des études sur l’animal, on savait que ces cellules circulent dans le sang des années avant que les métastases apparaissent. Or les patients meurent à cause des métastases, pas de la tumeur primitive. Comme pour le virus du sida, ces cellules mutent, et à force de muter, sont de plus en plus résistantes parce qu’on leur en laisse le temps », explique la chercheuse.

Après 7 ans de recherches, une grande boîte permet de réaliser les tests appelés Iset (« Isolation by size of tumor cells »: isolement par taille des cellules tumorales) capables de révéler la présence de ces fameuses cellules tumorales plus grosses que les cellules sanguines dans dix millilitres de sang parmi cinq milliards de globules rouges et cent millions de globules blancs.

Preuve de l’efficacité du test, les résultats obtenus au CHU de Nice où une cohorte de patients à risques – des gros fumeurs atteints de bronchopathie pulmonaire – a été suivie pendant 6 ans. Grâce au test, les chercheurs ont détecté des cellules tumorales dans le sang de cinq d’entre eux bien avant que le cancer du poumon soit visible par radiologie. Ces patients ont été opérés et guéris de ce cancer, le plus meurtrier.

Lorsque des cellules tumorales circulantes sont identifiées, des examens d’imagerie médicale ciblés pour dépister la tumeur sont nécessaires, explique la scientifique. « Selon vos prédispositions et vos antécédents, on commencera par exemple par le sein pour une femme et la prostate pour un homme, jusqu’au scanner du corps entier si l’on ne trouve pas. Mais, demain, on devrait pouvoir dire de quel organe elles proviennent et gagner ainsi du temps. » Des protéines retrouvées dans les cellules cancéreuses signeront l’origine de l’organe touché.

Ce test pourra également être utilisé sur des patients en rémission pour s’assurer que le cancer ne redémarre pas et permettre aux cancérologues de changer et adapter les traitements pour les malades diagnostiqués.

Le test est commercialisé depuis peu. Facturé 486€, il n’est pas remboursé par la Sécurité sociale. S’il ne répond pas à la demande de tous, et partout, on imagine que cette découverte majeure, développée à grande échelle, augmente l’espérance de vie de l’humanité. 15 millions de cas de cancer sont déclarés dans le monde chaque année.

Pour regarder la conférence TED de Patrizia Paterlini-Bréchot : « Sommes-nous en train de rattraper de vitesse le cancer ? » : https://youtu.be/LNQ5UeWqK9I

Source : leparisien.fr