Cancer : les graisses, un facteur aggravant ?

Des chercheurs espagnols ont mis en évidence un lien direct entre une protéine agissant sur les graisses et un accroissement du potentiel de métastases. Une étude qui demande à être approfondie.

Les métastases, ces cellules cancéreuses qui se sont détachées du cancer primitif, et qui voyagent dans le corps par voie sanguine ou lymphatique pour coloniser d’autres organes, sont la hantise des personnes souffrant d’un cancer. Elles sont responsables de la très grande majorité des décès. De plus, il est vraiment très difficile de les traiter car les caractéristiques de ces cellules sont encore très mal connues.

Une équipe de chercheurs espagnols revendique toutefois, dans une étude publiée ce mercredi dans la revue scientifique Nature, avoir identifié une protéine qui pourrait jouer un rôle dans le développement de ces métastases, dans plusieurs types de cancer. Celle-ci joue à l’origine un rôle dans l’absorption des graisses et pourrait bien avoir un impact majeur dans la colonisation des cellules cancéreuses (mélanome, sein, ovaires, vessie et poumons).

La communauté scientifique encore sceptique

Pour ces chercheurs, la protéine CD36 (c’est son nom), qui aide à la détection et l’absorption des lipides, « est un marqueur spécifique des cellules métastatiques ». Et ce même s’ils n’ont pas encore « montré cela dans tous les types de tumeurs », affirme le Dr Salvador Aznar Benitah, de Barcelone, principal auteur de l’étude. Grâce à des essais menés sur des souris qui avaient reçu des injections de cellules tumorales humaines, les chercheurs rapportent avoir trouvé « un lien direct encore la consommation de graisses et un accroissement du potentiel métastatique via la protéine CD36 ».

L’étude a été toutefois accueillie avec prudence par plusieurs experts, jugeant ces conclusions quelque peu prématurées. Selon le Dr Emma Smith, de l’Institut britannique de recherche sur le cancer, il n’y a pas de « preuve » à ce stade que « l’adoption d’un régime excluant certaines graisses puisse ralentir la propagation du cancer chez l’homme ». Le Pr Lawrence Young, de l’Université de Warwick qualifie en revanche l’étude de « significative », estimant qu’elle met l’accent « sur un nouveau mécanisme susceptible de jouer un rôle dans la propagation du cancer et de déboucher sur une intervention thérapeutique ».

Attention au « régime cafétéria »

Pour arriver à leur conclusion, les chercheurs espagnols ont soumis des souris à une alimentation riche en graisse (ou « régime cafétéria ») avant de leur injecter des cellules provenant d’un cancer humain de la bouche. Environ 80% d’entre elles ont développé des métastases contre 30% des souris ayant reçu une alimentation standard.

Ils ont également traité les cellules cancéreuses pendant deux jours avec des acides palmitiques, des acides gras qu’on trouve notamment dans l’huile de palme et l’huile de coco, très utilisées dans l’alimentation industrielle, avant de les injecter aux souris. 100% d’entre elles ont alors développé des métastases.

Grâce à plusieurs anticorps, les chercheurs ont par ailleurs réussi à bloquer la protéine CD36 chez ces souris, ce qui a permis de réduire très sensiblement leur capacité à développer des métastases. Chez celles qui avaient déjà développé des métastases lymphatiques, la taille des ganglions a été réduite de l’ordre de 80 à 90% tandis que 15% ont affiché une rémission complète. Une étude qui mérite semble-t-il d’être approfondie afin de vérifier s’il y a bien là un moyen de lutter contre le développement des métastases.

Source : lesechos.fr