Cancer du sein: un test pour éviter les chimiothérapies inutiles

L’analyse génétique des tumeurs du sein, qui permet d’évaluer l’utilité prévisible d’un traitement, sera désormais remboursée en France.

La chimiothérapie, avec son cortège d’effets indésirables, n’est pas utile chez toutes les femmes opérées d’un cancer du sein. Elle est indiquée chez certaines patientes, présentant un risque de rechute qui pourrait leur être fatale. Mais les examens cliniques et biologiques ne permettent pas toujours de les identifier avec fiabilité, et le doute se traduit le plus souvent par une chimiothérapie préventive.

C’est pourquoi le ministère de la Santé vient de donner son feu vert au remboursement de tests génomiques conçus pour évaluer, à partir de la tumeur qui vient d’être retirée sur une patiente, le risque de rechute et l’utilité prévisible d’un traitement. «C’est un grand pas en avant, se réjouit Christine Chomienne, directrice de la recherche à l’Institut national contre le cancer (Inca). L’accès à ces résultats génomiques permettra à terme d’épargner à de nombreuses femmes les effets néfastes des chimiothérapies, sans induire de perte de chance pour celles qui peuvent en tirer bénéfice.»

Cancers localisés et de petite taille

Tous les hôpitaux français peuvent désormais proposer ces tests, que l’État prend en charge dans la limite de 1850 euros. Jusqu’à présent, seules les malades incluses dans des essais cliniques y ont eu accès. Disponibles depuis dix ans aux États-Unis, ils détectent la signature génomique de la tumeur, c’est-à-dire les anomalies qui affectent certains groupes de gènes et renseignent ainsi sur son pronostic. «On les utilise pour des cancers du sein localisés et de petite taille, avec peu ou pas de ganglions», précise Suzette Delaloge, présidente du groupe national sur le cancer, qui a coordonné en France un essai clinique portant sur un des tests, le MammaPrint.

Les résultats de cette étude internationale prospective, menée de 2007 à 2011, viennent d’être présentés au congrès de l’Association américaine pour la recherche sur le cancer. Ils confirment, pour la première fois avec cinq ans de recul, que l’utilisation de la signature génomique se traduit par une diminution de la prescription de chimiothérapies, sans réduction des chances de survie des patientes. «Sur les 1550 femme considérées comme “à haut risque” de rechute selon les critères cliniques classiques, 46 % ont pu échapper au traitement grâce au test», détaille le Dr Delaloge.

6000 patientes concernées en France

Le ministère de la Santé estime qu’environ 6000 patientes pourraient se voir proposer le test chaque année. La Haute Autorité de santé, qui a été chargée d’en évaluer l’efficacité, doit encore préciser dans quels cas un recours à cet outil est recommandé. La prise en charge financière sera alors pérennisée. «Le test n’apporte pas de réponse définitive, mais une information complémentaire, souligne le Dr Paul Cottu, oncologue à l’Institut Curie. Son utilisation permet de guider la réflexion du médecin et de son patient au moment de choisir le traitement le plus adapté.»

Les chimiothérapies induisent des effets secondaires (pertes de cheveux, troubles cognitifs, fatigue aiguë) qui se maintiennent parfois dans le temps. Plus rarement, elles peuvent provoquer à long terme des insuffisances cardiaques.

Source : lefigaro.fr