Cancer du cerveau : un traitement expérimental par immunothérapie

Un patient en phase terminale d’un cancer du cerveau était encore vivant un an après son traitement par immunothérapie.

Un homme de 50 ans a bénéficié d’un traitement expérimental à Los Angeles fondé sur l’immunothérapie pour traiter son cancer du cerveau, selon une étude publiée par le New England Journal of Medicine. Cette approche consiste à utiliser les défenses immunitaires du patient pour les transformer en cellules «armées» (dites CAR) afin de vaincre la maladie. Leur première utilisation avait eu lieu en 2011 dans des leucémies lymphoïdes chroniques.

L’homme souffre d’un glioblastome, la forme de tumeur cérébrale la plus courante chez l’adulte mais également l’un des cancers les plus mortels. 2.000 nouveaux cas sont découverts chez l’adulte chaque année en France. Le patient traité présentait, lui, déjà une tumeur de stade métastatique avancé au cerveau, qui ne lui laissait que quelques semaines à vivre. Il avait déjà reçu les thérapies standards telles que la radiothérapie et chimiothérapie.

Un traitement expérimental

Les médecins lui ont donc administré un traitement expérimental: une chirurgie, qui a permis de réduire par extraction la tumeur, combinée à une immunothérapie spécifique. «Il s’agit d’extraire des lymphocytes T, ces cellules immunitaires, de les faire proliférer et de leur donner les éléments pour reconnaître une cellule cancéreuse et la détruire», simplifie le Pr Daniel Olive, spécialiste de l’immunothérapie à l’Institut Paoli-Calmettes et au Centre de recherche en cancérologie de Marseille.

Les cellules immunitaires modifiées ont ensuite été réinjectées localement dans le cerveau, à l’endroit précis de la tumeur, stoppant la progression de la partie restante de son cancer. Lors du traitement, d’autres grosseurs ont commencé à apparaître justifiant l’injection de 10 doses supplémentaires dans les ventricules du patient.

La rechute du patient

L’injection dans les ventricules est une première médicale, dans la mesure où ces cavités crâniennes peuvent être sujettes à des inflammations mortelles. Le patient n’a développé aucunes complications sérieuses, et ses tumeurs avaient beaucoup réduit. Malheureusement, au bout de sept mois et demi, il faisait une rechute.

Le Pr David Klatzmann, chef du service de biothérapies, hôpital Pitié Salpêtrière (AP-HP) met en garde: «cette étude ne rapporte un résultat obtenu que sur un cas. Il faut être prudent par rapport à cette publication. L’efficacité du traitement a été de courte durée et le lien entre le traitement et l’effet n’est pas formellement établi.»

Un sentiment que rejoint le Pr Olive: «Pour le moment l’évolution de ce traitement est très difficile à prédire. C’est encore un terrain complètement inconnu. Cependant, il faut se rappeler que lorsque les travaux d’immunothérapie sur les leucémies ont débuté en 2011, les recherches étaient également expérimentales. Pourtant cinq ans plus tard, nous avons des patients qui se soignent grâce à ces traitements. Ces études expérimentales ouvrent donc des portes dont les conclusions restent à confirmer.»

L’effervescence de l’immunothérapie

Le cas de ce patient laisse en effet «penser que l’immunothérapie pourrait être efficace pour un glioblastome», d’après le Pr David Klatzmann «ce qui serait une excellente nouvelle pour cette tumeur difficile à atteindre. Il restera néanmoins à faire la preuve de cette efficacité.»

Le patient a bénéficié d’une immunothérapie active spécifique, c’est-à-dire un traitement issu de ses propres cellules modifiées, «un prototype de la médecine de la personnalisation», selon le Pr Olive. Mais il existe également des immunothérapies non spécifiques, qui visent à stimuler l’activité globale du système immunitaire. Ces traitements sont par exemple déjà utilisés dans les cancers de la vessie, où le système est stimulé par l’injection de BCG (Bacille de Calmette et Guérin, le même que pour le vaccin contre la tuberculose) à fortes doses.

L’immunothérapie a déjà obtenu des résultats prometteurs dans les cancers du sang, du poumon ou les mélanomes. Des espoirs avaient également été suscités pour la maladie d’Alzheimer avant que les essais cliniques du médicament n’échouent en phase 3 de test.

Source: lefigaro.fr