Cancer de la vessie : un test sanguin pour prédire la récidive ?

Des Français ont montré que le taux de certaines cellules immunitaires dans le sang est prédictif de la rechute et de la progression de la tumeur.

Une simple prise de sang devra bientôt permettre de suivre les personnes souffrant d’un cancer de la vessie, de connaître la progression de leur tumeur et de prédire le risque de rechute. L’examen consiste à mesurer le taux de certaines cellules du système immunitaire (les lymphocytes CD8+ ILT2+). L’étude de prélèvements sanguins de plus de 100 patients atteints d’un cancer de la vessie et suivis pendant 3 ans à l’hôpital Saint-Louis de Paris (AP-HP) a permis de faire la preuve de l’efficacité de cette méthode.

Même s’il ne représente que 3 % des cancers, celui de la vessie a atteint près de 12 000 personnes en 2012, ce qui le place au 7e rang en termes de fréquence (chiffres INCa). Il touche quatre hommes pour une femme et l’âge moyen au moment du diagnostic est de 70 ans. Son apparition est souvent due au tabagisme ou aux expositions à des produits cancérogènes dans le cadre d’une activité professionnelle. Les cellules cancéreuses, d’abord cantonnées dans la muqueuse (tumeur superficielle), peuvent peu à peu s’infiltrer plus profondément dans la paroi de la vessie, atteindre la couche musculaire ou les organes voisins (tumeur infiltrante). Parfois, elles migrent, donnant des métastases.

« Une réelle avancée clinique »

L’équipe de l’AP-HP, de l’université Paris-Diderot et du CEA* s’est intéressée à une molécule du système immunitaire (HLA-G) particulièrement utile chez la femme enceinte puisqu’elle permet d’éviter que le fœtus soit considéré comme un élément étranger et donc rejeté. Normalement, cette protéine n’est exprimée que pendant la grossesse, à la surface des cellules du placenta. Mais elle est également présente dans certaines situations pathologiques, lors d’une greffe d’organe ou à la surface des cellules tumorales. Ces dernières emploient ce moyen pour se protéger des défenses immunitaires de l’hôte, et ainsi se développer et récidiver.

Les spécialistes ont analysé l’expression d’HLA-G dans le cancer de la vessie. Ils ont cherché à comprendre comment le système immunitaire pouvait être mis en défaut et laisser la tumeur se développer. Ils ont identifié le rôle d’un récepteur présent à la surface de certains globules blancs chargés de la destruction des cellules cancéreuses. Plus de 40 % de ces lymphocytes portent ce récepteur chez les patients qui récidivent, preuve que leur système immunitaire est affaibli. S’appuyant sur des analyses bio-statistiques, les auteurs estiment que le risque de rechute est faible en dessous de 20 % et important au-dessus de 40 %.

« Il s’agit d’une réelle avancée clinique puisque les cancers de la vessie sont fréquents, avec un composant immunologique important sans pour autant bénéficier d’un traitement efficace », précise le communiqué de l’AP-HP. « Ce test gagnerait à être évalué à grande échelle et sur d’autres types de tumeurs. Ce serait une solution simple et non invasive pour la plupart des hôpitaux et laboratoires privés. » Ses auteurs ont d’ailleurs déposé une demande de brevet.

Source : lepoint.fr