Cancer de l’enfant, la France lance un essai unique au monde

Les enfants et adolescents atteints de cancer sans solution thérapeutique pourront entrer dans un essai français basé sur la signature moléculaire de «leur» cancer, grâce notamment à l’association Imagine for Margo.

Elle avait écrit «Vas-y, Bats toi, Gagne» dans un cahier, découvert après sa mort. Margaux avait 14 ans lorsqu’elle est décédée d’une tumeur du cerveau après 16 mois d’un courageux combat. Ce rêve d’un monde avec des enfants sans cancer est désormais poursuivi au travers d’une association (Imagine for Margo, Children without cancer) qui, grâce à ses donateurs, participe aujourd’hui à un formidable projet conduit par l’institut du cancer (Inca): l’essai AcSé-ESMART.

«C’est un essai unique au monde qui va apporter beaucoup d’espoir aux familles», explique Patricia Blanc, la maman de Margaux. «Plus personne ne doit entendre cette phrase inacceptable, insoutenable: votre fille a un cancer, son pronostic est très sombre… nous ne pourrons pas la guérir.» Avec AcSé, toutes les pistes les plus innovantes seront explorées, enfant par enfant.

En faire profiter tous les enfants en échec thérapeutique

Les cancers pédiatriques sont rares mais ils représentent, en France, la première cause de décès par maladie chez les enfants. Malheureusement, les essais cliniques menés par les industriels du médicament sont aussi rares. «Chaque année en France, un cancer est diagnostiqué chez 1700 enfants et 800 adolescents», a expliqué Thierry Breton, directeur général de l’Institut du Cancer (Inca), lors d’une conférence de presse organisée pour le lancement de l’essai «AcSé-ESMART», qui vise justement à combler ce manque et à stimuler les initiatives dans ce champ thérapeutique trop pauvre.

Un essai de 3 millions d’euros qui n’est pas encore complètement financé. «L’Inca apporte un million d’euros, l’association Imagine for Margo, un deuxième million, il en manque un troisième», a souligné le Pr Gilles Vassal, directeur de la recherche clinique de Gustave-Roussy. Pas de quoi empêcher le démarrage de l’étude. «Le premier objectif est l’équité d’accès aux soins», explique le Dr Nathalie Hoog-Labouret, responsable de la mission AcSé à l’Inca. «Il s’agit de faire profiter tous les enfants en situation d’échec thérapeutique, de l’une des molécules mis à la disposition par les laboratoires.» Ils auront pour cela une analyse moléculaire de leur cancer, grâce à un autre projet (MAPPYACTS) cofinancé par la fondation ARC pour la recherche sur le cancer et le programme hospitalier de recherche clinique national (PHRC), lancé en décembre 2015.

Déjà trois laboratoires engagé

Une chance de plus pour les enfants ayant un profil de tumeur potentiellement sensible à une molécule existante quel que soit le type de cancer. Cela renverse la logique habituelle des essais thérapeutique, dans lesquels un laboratoire recrute les patients précisément visés par sa molécule; ici, les promoteurs de l’essai chercheront la molécule qui peut être active pour un enfant donné, quel que soit le laboratoire qui la développe.

«Trois laboratoires ont accepté de participer au programme parce qu’ils avaient des molécules ayant fait la preuve de leur tolérance et leur efficacité chez l’adulte, qui étaient susceptibles d’apporter un bénéfice aux enfants. Il s’agit de AstraZeneca, Novartis et BMS», précise le Pr Vassal. «Le laboratoire Roche a déjà un programme très innovant, vers lequel les enfants pourront d’ailleurs être orientés si besoin, et deux autres industriels devraient rejoindre AcSé-ESMART, Celgene et Pfizer», ajoute-t-il.

Médecine de précision à grande échelle

«On entre dans la médecine de précision à grande échelle», se félicite le Dr Birgit Georger, onco-pédiatre à Gustave-Roussy et coordinatrice de l’essai AcSé-ESMART. «Cet essai ne permet pas seulement d’accélérer l’accès aux traitements innovants de façon sécurisée, il va aussi générer de la connaissance sur les signaux moléculaires impliqués dans les différents cancers», ajoute-t-elle.

«Six centres d’essais cliniques de phase précoce sont labellisés pour AcSé-ESMART en France: Gustave Roussy et l’institut Curie pour l’Ile-de-France, mais également à Lille, Lyon, Marseille, et Nantes», détaille le Dr Hoog-Labouret, «mais au total 6 pays européens participent à l’essai qui devrait inclure 300 enfants en trois ans».

Source : lefigaro.fr