Brexit : ce que ça va changer pour les Frenchies

Depuis trois jours, le détroit d’une trentaine de kilomètres qui sépare la France et l’Angleterre est devenu un océan… d’inquiétudes et de flous juridiques pour les Français qui travaillent outre-Manche. Ce matin, plusieurs assureurs et organismes de protection sociale sont à pied d’œuvre pour répondre aux appels d’expatriés. Car avec le Brexit, les règles vont être revues. Les vérités d’aujourd’hui ne seront pas celles de demain. Beaucoup dépendra des accords que le Royaume-Uni signera (ou non) avec l’UE, ou avec la France.

Chômage

Il faudra travailler un an et demi en France pour retrouver ses droits à l’assurance chômage.
VRAI. Aujourd’hui, lorsqu’un Français expatrié en Europe revient dans l’Hexagone, il n’a pas de droit à l’indemnisation. Car Bruxelles prévoit qu’un salarié ne bénéficie de l’assurance chômage que dans le pays dans lequel il a acquis des droits. « Mais il suffit, lorsqu’on revient d’un pays de l’UE, de travailler une seule journée en France pour bénéficier de l’indemnisation du chômage à taux plein, contre un an et demi pour un pays hors UE », explique Alexis de Saint-Albin, spécialiste des activités internationales chez Humanis.
Pour que ce système continue de s’appliquer, il faudrait que le Royaume-Uni reste dans la « coordination européenne » concernant l’assurance chômage, comme l’ont fait la Suisse, l’Islande, la Norvège.

Santé

Les salariés français en contrat local auront toujours accès au système de soins français.
FAUX. Outre-Manche, les Français peuvent bénéficier d’une extension de leur couverture de sécurité sociale grâce à la carte européenne, qui atteste des droits de son titulaire à l’assurance maladie française.
Dès que l’Angleterre aura officiellement quitté l’UE, cette carte n’aura plus d’intérêt pour eux. Les expatriés qui résident et travaillent sur le sol britannique bénéficieront alors du système de soin local. Ils n’auront accès à la sécurité sociale tricolore qu’à condition d’avoir cotisé à la Caisse des Français de l’étranger (CFE).
Par ailleurs, les accidents du travail et les maladies professionnelles survenus au Royaume-Uni ne seront plus systématiquement reconnus en France. A moins d’une nouvelle convention.

Retraite

Les trimestres anglais ne seront pas comptabilisés pour la retraite française.
VRAI. En France, aujourd’hui, il faut avoir cotisé quarante-deux années pour bénéficier d’une retraite à taux plein. Au sein de l’UE, un système de coordination est en place. Par exemple, un salarié ayant travaillé trente-cinq ans en France, cinq ans en Angleterre et deux ans en Bulgarie se verra bel et bien reconnaître quarante-deux années. L’assurance retraite tricolore ne lui appliquera pas de décote, mais sa pension française ne lui sera versée qu’au prorata de trente-cinq années (pour le reste, il touchera le fruit de ce qu’il a cotisé en Angleterre et Bulgarie, selon les lois des pays). Avec le Brexit, la pension française sera toujours versée au prorata des trente-cinq années travaillées en France, mais avec une décote et non plus à taux plein. Pour rétablir la règle, il faudra la signature d’un accord bilatéral.

Allocations

Toutes les prestations sociales resteront versées aux Français.
FAUX. Les immigrés coûtent trop cher aux Britanniques — ce fut l’un des arguments clés de la campagne pour le Brexit. Parmi les concessions accordées au Royaume-Uni en février dernier, justement, il y avait la perspective de ne pas verser certaines prestations (allocations familiales, aide au logement) aux ressortissants européens. Le Brexit devrait logiquement aboutir à une restriction des prestations sociales à destination des étrangers, y compris les Européens.

Source : leparisien.fr