Audioprothèses : l’Assurance maladie doit-elle améliorer ses prises en charge ?

C’est la principale préconisation d’une étude réalisée par deux économistes du Cnam, commanditée par le syndicat national des audioprothésistes.

Si l’Assurance maladie remboursait les audioprothèses à hauteur de 100%, elle réaliserait des économies. C’est le principal constat, pas si paradoxal, d’une étude réalisée par deux économistes du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) pour le compte du syndicat national des audioprothésistes (Unsaf).

Cette analyse, réalisée par Laurence Hartmann et Jean de Kervasdoué et rendue publique à l’occasion du 38e congrès des audioprothésistes (à lire ici), met en avant le paradoxe secouant entre la France entre, d’un côté, des restes à charge particulièrement importants et de l’autre, des prix élevés mais situés dans la moyenne basse européenne.

DES PRISES EN CHARGE INFÉRIEURES À LA MOYENNE EUROPÉENNE

Les auteurs de l’étude mettent notamment en avant la place de l’Assurance maladie, dont la base de remboursement sur ces équipements est gelée depuis 1986, «alors que les audioprothèses étaient nettement moins performantes et qu’elles étaient depuis lors classées implicitement dans le « petit risque » supposant un service médical rendu mineur, l’AMO n’intervenant u’à hauteur de 6 à 9% du financement de l’appareil». L’Igas notait de son côté en 2013 le besoin d’une revalorisation de cette prise en charge, «actuellement fortement déconnectée de la réalité économique».

De facto, notait une étude de l’Observatoire citoyen des restes à charge en santé datée de fin 2014, la prise en charge moyenne de l’Assurance maladie s’élevait à 127 euros par oreille et celle des complémentaires santé à près de 400 euros, là où les remboursements obligatoires au niveau européen se situent entre 600 (Italie) et 840 euros (Allemagne). Les prix, de leur côté, se situent dans une moyenne basse européenne avec un coût moyen par oreille de près de 1 500 euros.

LES SENIORS PARTICULIÈREMENT TOUCHÉS

Au-delà des faibles prises en charge de la Sécurité sociale, celles des organismes complémentaires santé suscitent également selon ce rapport certaines remarques, alors même que les réseaux de soins se développent sur les audioprothèses depuis une dizaine d’années. «Si les remboursements étaient proportionnels à ceux de l’optique, ils permettraient un reste à charge moyen pour les ménages de 20%, au lieu de 56%» calculait un document de l’Unsaf datée de décembre 2015 (à lire ici), sur la base des comptes de la santé de la Drees de 2011, notant toutefois la difficulté pour ces mêmes complémentaires de prendre en charge ces dépenses fortement concentrées sur les seniors (75% chez les plus de 65 ans) alors même que ces contrats se révèlent déjà coûteux. La prochaine réforme des contrats seniors, au 1er avril 2017, pourrait ainsi faire évoluer la donne…

La situation actuelle, de facto, conduit à un sous-équipement de la population nécessitant ces appareils : «le renoncement aux soins est susceptible de toucher les personnes aux revenus modestes qui, lorsqu’elles ne sont pas couvertes par une assurance complémentaire, peuvent renoncer aux soins d’audioprothèses du fait de l’impossibilité d’assumer des restes à charge importants», rappellent les auteurs de l’étude.

DEUX SCENARII QUANTIFIÉS

Cela pourrait, pourtant, changer. Les deux économistes se sont en effet essayé à un calcul de l’impact économique du déficit auditif. «Sans appareillage, le coût du fardeau du déficit auditif s’élèverait à 23,4 milliards d’euros, estiment-ils. Le taux réel d’appareillage (recours effectif et utilisation effective des aides) réduit ce fardeau de 30% et l’appareillage cible (50% de la population malentendante associée à une observance parfaite) le réduirait de 40%».

Ils tracent également les lignes d’un second scénario pour évaluer conjointement les coûts médicaux liés au déficit auditif non appareillé et le score moyen de qualité de vie perdu. Une simulation qui débouche sur un constat étonnant : «il coûterait moins cher d’appareiller la population appareillable non équipée que de ne pas l’appareiller, tout en générant des gains notables en qualité de vie». Et Jean de Kervasdoué d’assurer ainsi, durant le congrès, que «si les appareils étaient remboursés à 100%, l’assurance maladie ferait des bénéfices» : «Le syndicat national des audioprothésistes est prêt à s’engager et propose aux pouvoirs publics la mise en place de tarifs négociés pour une gamme d’accessibilité comprenant des appareils auditifs performants, pour une valeur permettant l’accès au plus grand nombre» affirme de son côté l’Unsaf, considérant de son côté qu’une revalorisation des prises en charge est «prioritaire».

Source : argusdelassurance.com