Comment assurer la réussite du compte personnel de formation dans la FPT ?

Le compte personnel de formation, en renforçant l’autonomie de l’agent et en facilitant son évolution professionnelle, a été imaginé comme un dispositif plus pertinent que le droit individuel à la formation. Mais comment s’en assurer ?

« Le compte personnel de formation [CPF] ne va pas se construire en un seul jour, mais dans le temps », selon Cyrille Pajot, chef du bureau de ma formation professionnelle tout au long de la vie à la Direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP). Il était invité à s’exprimer, vendredi 23 juin 2017, à la journée organisée par l’Ecole du management et des RH sur ce jeune dispositif, introduit dans la fonction publique par ordonnance en janvier, puis par un décret en mai dernier.

« Il faut désormais le faire vivre », considère Thierry Le Goff. Pour le DGAFP, « ce n’est pas le nouveau droit individuel à la formation ! Si on ne croit pas collectivement à l’importance du CPF, on court à l’échec ». Pour mémoire, le DIF, utilisé par seulement près de 3 % des agents territoriaux, était soumis à l’autorisation de l’employeur et les formations accessibles étaient préalablement définies. Ces dernières étaient généralement courtes et servaient principalement à la préparation des concours. En outre, complexité et manque de volonté de la part de l’administration expliquent le fiasco de cet outil.

Droit à la seconde carrière

Le CPF qui, lui, est un droit à l’initiative du fonctionnaire, attaché à sa personne et portable (c’est-à-dire conservé au moment du changement d’employeur) a un intérêt considérable pour la fonction publique territoriale, estime Johan Theuret, président de l’Association des DRH des grandes collectivités territoriales.

« Il s’agit d’un outil RH pour le droit à la seconde carrière nécessaire lorsqu’on sait que le système actuel souffre de très fortes inégalités d’accès. On dénombre dix jours de formation pour les catégories A contre 3,8 jours pour les catégories C, alors que ce sont celles qui sont les moins qualifiées et de fait, en ont le plus besoin. » Il ajoute que c’est aussi un outil RH pour prévenir les inaptitudes physiques et anticiper les besoins de reconversion professionnelles.

Comment le faire vivre ?

Plus de sensibilisation des agents les plus éloignés de la formation, plans de formation négociés dans le cadre du dialogue social et plans pluriannuels de formation avec des objectifs stratégiques sont autant de pistes pour que le CPF ne connaisse pas les même écueils que le DIF, d’après le président de l’ADRHGCT. « Mais attention, le CPF n’est pas fait pour financer les formations obligatoires ! »

Il suggère aussi de « nouer des partenariats avec les universités et organismes de formation pour développer l’accès aux formations qualifiantes » et de s’emparer des outils d’e-formation, citant l’exemple des « serious-games » qui séduisent de plus en plus de collectivités. Enfin, « des collaborations et passerelles pourraient se créer entre les trois versants, y compris pour activer des leviers financiers ».

A cette dernière proposition, des craintes s’expriment quant à la possible standardisation des formations que cela pourrait générer. Thierry Le Goff rassure à cet égard : « Je ne crois pas que ce risque existe. Mais il peut y avoir une transmission de culture intéressante. En cela le manager aura un rôle important. » Il souligne à cet égard l’intérêt du métier de conseiller en mobilité et carrière.

Avec quel financement ?

La question du financement du compte personnel de formation dans la fonction publique territoriale n’est pas encore tranchée. « Et sans financement adéquat, il n’y aura pas de vrai droit », soutient Emmanuelle Quillet, directrice générale de l’association nationale pour la formation permanente du personnel hospitalier (ANFH).

En tout état de cause, une réflexion s’impose sur « le véritable financement des validations d’acquis d’expérience [VAE] », considère Johan Theuret. Il n’y en a eu que 4 000 depuis 2007 dans la FPT, « alors qu’elles sont utiles pour les agents sans diplôme ». Le président souhaite ainsi une prise en charge d’une partie par le Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT).

Source : lagazettedescommunes.com