Assurance Maladie : ce que cache la baisse des accidents du travail

Moins de chutes, plus de lombalgies… la cartographie des accidents du travail et des maladies professionnelles, conduite par l’Assurance Maladie, témoigne d’un changement dans la vie active. Et d’une explosion des services à la personne.

Une bonne nouvelle peut en cacher une moins bonne. Et les statistiques être sujettes à caution. Tel est l’enseignement du rapport annuel de l’Assurance Maladie – risques professionnels.

L’année dernière, 624.525 accidents ont entraîné un arrêt de travail ou une incapacité permanente, soit autant qu’en 2014, un chiffre qui est « l’un des plus bas depuis sept ans », s’est félicité la directrice des risques professionnels, Marine Jeantet.

Au plus bas depuis 70 ans

« Depuis 2013, la fréquence des accidents du travail marque un palier et reste à un des niveaux les plus bas depuis 70 ans avec un indice de fréquence de 33,9 accidents de travail pour 1.000 salariés », précisent les statisticiens. A titre indicatif, ce même indice était de 120 pour 1.000 salariés dans les années 1950.

Entre-temps, la société a changé et les modes de travail aussi : l’industrie lourde a quasi disparu du paysage et le chômage est devenu structurel. Pascal Jacquetin, le responsable de la Commission statistique, reconnaît en termes choisis :

« Il n’est pas exclu que la baisse de la fréquence des accidents du travail soit liée à une ‘contractivité’ de l’activité, que des gens soient moins exposés. La conjoncture aidera à répondre à la question ».

La « sinistralité », donc, se stabilise, note l’étude qui détaille :

1. Accidents du travail

Dans cette catégorie, deux secteurs d’activité voient leur indice de fréquence diminuer en 2015. Le BTP (bâtiment et travaux publics), pas sorti de la crise, enregistre une « forte baisse » de 2,6% par rapport à 2014, même s’il reste l’un des plus sinistrés avec 61,9 accidents du travail pour 1.000 salariés. Le recul est notable dans le domaine des travaux de finition, la maçonnerie et le gros œuvre.

A noter que l’Assurance Maladie, qui se penche exclusivement sur le sort des salariés du privé, exclut de son champ d’analyse les travailleurs détachés, nombreux dans ce secteur d’activité, et les sous-traitants, tout en aussi grand nombre, et le plus souvent autoentrepreneurs.

Idem dans le secteur de la chimie. La baisse s’établit à 2,5% par rapport à 2014, avec un indice de fréquence des accidents de travail de 25 pour 1.000 salariés.

En revanche, les activités de services à la personne connaissent une explosion des accidents de travail puisque l’indice moyen est de 92,7 accidents de travail pour 1.000 salariés en 2015, une augmentation de « 3 à 4% » par rapport à l’année précédente. Et un signe manifeste que la France vieillit.

Là encore, l’étude pèche par son côté parcellaire. Elle a été conduite auprès des personnels des maisons de retraite. Mais pas des infirmières libérales ni de celles qui travaillent dans les hôpitaux. Autre difficulté relevée par l’Assurance Maladie : « Les particuliers employant une aide à domicile n’ont pas la même conscience du risque professionnel » et pour les employé(e)s, souvent d’origine étrangère, le barrage de la langue constitue un problème supplémentaire.

« Marisol, encore combien de suicides d’infirmiers pour que tu daignes t’exprimer ? »

2. Accidents de trajet

Au nombre de 87.838 en 2015 (contre 87.746 en 2014), ils restent, pour leur part, stables. « En raison des circonstances climatiques hivernales favorables », note le document. Pas de neige, pas de gel, pas de verglas, moins de chutes. Le réchauffement climatique aurait du bon, si l’on se fonde sur les chiffres de l’Assurance Maladie, laquelle s’est livrée à une étude comparative avec l’Allemagne.

Outre-Rhin, le nombre de ce type d’accidents est supérieur à ce qu’il est en France. A cause des intempéries et parce que « la part élevée du temps partiel » qui concernait 27% des salariés en 2014 (contre 18,8% en France en 2015) oblige à cumuler les emplois et, partant, à multiplier les déplacements.

3. Maladies professionnelles

Elles connaissent, dans leur ensemble, une « baisse modérée depuis 2012 ». A l’exception notable des lombalgies, qui constituent un « véritable enjeu socio-économique ». En 10 ans (2005-2015), celles-ci ont progressé de 6%. Elles représentent aujourd’hui 19% des accidents de travail, et se traduisent par des arrêts de travail de deux semaines « fréquents, courts, répétitifs ».

Plusieurs recommandations pour éviter ce désagrément : se baisser pour soulever une charge, observer une position droite au bureau, veiller à avoir un bon mouvement corporel pour s’éviter un tour de rein. L’Assurance Maladie insiste sur ces précautions à prendre car il en coûte un milliard d’euros par an. Ce mal concerne les hommes jeunes (routiers, manutentionnaires, transporteurs etc.) et les femmes plus âgées.

Un budget à l’équilibre

L’Assurance Maladie considère que les entreprises se doivent d’être vertueuses pour limiter au maximum les accidents du travail, un point de vue partagé par le Medef. A cet égard, la mise en place d’un système de bonus-malus sur les cotisations patronales est à l’étude pour encourager la prévention, en particulier dans les très petites entreprises. « L’idée n’est pas de taxer les TPE », souligne Marine Jeantet, précisant qu’une telle mesure est du ressort du gouvernement.

Selon la directrice des risques professionnels, la branche accident du travail et maladies professionnelles (ATMP), la plus ancienne de la Sécurité sociale, est « la seule » à être à l’équilibre en 2016, une première depuis 2007. Elle va même finir l’année en beauté avec un excédent budgétaire de 414 millions d’euros et un remboursement total de sa dette.

Source : tempsreel.nouvelobs.com