Angleterre, Allemagne, Etats-Unis : pourquoi le Smic augmente ailleurs (et pas chez nous)

Le Royaume-Uni revalorise vendredi le salaire minimum à un niveau inédit. A ce titre, les Britanniques s’inscrivent dans une tendance mondiale de hausse, voire d’instauration, du salaire de base post-crise. Décryptage.

Une hausse historique pour une tendance mondiale. Ce vendredi 1er avril, plusieurs centaines de milliers de travailleurs britanniques âgés de plus de 25 ans vont bénéficier d’une augmentation de salaire sans précédent. Le Royaume-Uni va en effet relever le salaire minimum (National Living Wage) de 7,5%. Les plus bas salaires devraient ainsi bénéficier cette année d’une revalorisation quatre fois plus importante que le salaire moyen britannique et dépasser les 1480 euros bruts mensuels.

A l’instar d’autres pays, le Royaume-Uni trouve là une réponse sociale aux effets conjugués de la mondialisation et de la crise économique qui a provoqué destructions d’emplois et pression sur les salaires. Et nos voisins anglais ne sont pas les seuls à faire un effort en direction des plus bas salaires.

L’Allemagne met fin à quinze ans d’austérité

L’an dernier, l’Allemagne a ainsi lancé pour la première fois un salaire de base qui profite à plus de 3 millions de salariés, faisant au passage une entorse à la tradition de négociation collective chère aux pays d’Europe du Nord, mais surtout mettant fin à près de quinze ans de politique de désinflation compétitive qui ont créé des légions de travailleurs pauvres, dont une partie ne dépasser pas 5 euros de l’heure.

En 2015, l’Allemagne est ainsi devenu le 22e pays de l’Union européenne sur 28 à instaurer un salaire minimum – seuls en effet la Finlande, la Suède, l’Autriche, Chypre, le Danemark et l’Italie n’appliquent pas ce dispositif (lire encadré)

La Californie s’y met aussi

Et le développement du salaire minimum ne touche pas seulement l’Europe. Appliquant ainsi les conseils récents du FMI, les législateurs californiens ont conclu lundi un accord pour augmenter graduellement le salaire horaire minimum à 15 dollars, avec la perspective d’une hausse au niveau national. Tandis qu’au Japon, le gouvernement prône une hausse notable des salaires et notamment du salaire de base afin de lutter contre la déflation.

A ce titre, l’évolution du salaire minimum obéit à des mécanismes différents selon les politiques des pays qui les mettent en place, mais aussi à des problématiques bien spécifiques. Et, contrairement à ce que beaucoup pourraient penser, son niveau n’est pas garanti. Les Grecs en font d’ailleurs la douloureuse expérience depuis trois ans, eux qui ont vu le salaire minimum passer en 2013 de 876 euros à 683 euros mensuels.

Et la France dans tout ça ? Historiquement, la revalorisation du smic suit l’inflation. De quoi lui assurer une progression certes limitée ces dernières années, mais qui reste nettement plus élevée que celle du salaire moyen hexagonal. Au niveau européen, la progression du smic français n’a pas non plus à rougir, se maintenant malgré la faible augmentation des prix, dans la moyenne haute des revalorisations européennes. Ce qui explique notamment qu’aucun « coup de pouce » ne lui a été donné depuis… 2006.

Zoom sur le salaire minimum en Europe

Bien que largement répandu, ce salaire plancher est toutefois loin d’être harmonisé en Europe. L’écart est même considérable entre le Luxembourg, qui applique un salaire minimum de 1.923 euros bruts mensuels, et la Bulgarie qui ne garantit que 184 euros par mois aux salariés.

Entre ces deux extrêmes, la France se place dans la fourchette haute avec 1.466,62 euros bruts mensuels pour 35 heures, contre 1.473 euros en Allemagne ou 1 501,82 euros en Belgique . Loin notamment devant l’Espagne (756 euros/mois) ou le Portugal 589, 17 euros.

Source : metronews.fr