Alzheimer : stimuler les neurones pour ralentir le déclin ?

Peut-on ralentir la progression de la maladie d’Alzheimer en stimulant en continu certaines zones du cerveau grâce à une impulsion électrique ? C’est l’objet des travaux du Pr Denys Fontaine, neurochirurgien au CHU de Nice, lauréat du prix Harmonie mutuelle Alzheimer.

Vous venez de recevoir le prix Harmonie mutuelle Alzheimer pour un projet de traitement symptomatique de la maladie d’Alzheimer : en quoi consistent ces travaux ?

Pr Denys Fontaine – Il s’agit de recherches sur l’intérêt d’utiliser une technique de stimulation cérébrale profonde (SCP) pour améliorer les performances mnésiques ou ralentir le déclin cognitif des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

Cette technique est déjà utilisée depuis vingt-cinq ans dans le traitement de la maladie de Parkinson, notamment pour limiter les mouvements anormaux comme les tremblements. Elle a par la suite été étendue à la prise en charge d’autres pathologies, comme les troubles obsessionnels compulsifs (Toc), la dépression chronique ou les douleurs neurologiques telles que l’algie vasculaire de la face. Elle consiste à implanter des électrodes dans des zones profondes du cerveau et à diffuser, grâce à une sorte de pacemaker implanté sous la peau, au niveau pectoral ou abdominal, un courant électrique continu et permanent.

Cette stimulation permet de moduler des réseaux de neurones qui dysfonctionnent, et ainsi d’obtenir des résultats sur les symptômes de la maladie.
Dans le cas précis de la maladie d’Alzheimer, quels sont les effets de la stimulation cérébrale profonde ?

Pr Denys Fontaine – On peut aujourd’hui, grâce aux progrès des neurosciences, moduler des réseaux de neurones qui interagissent les uns avec les autres.
Par exemple, dans le cas de la maladie d’Alzheimer, les réseaux impliqués dans la mémoire sont perturbés par la perte de neurones, ce qui entraîne troubles de la mémoire et cognitifs : ce sont ces circuits qu’il faut essayer de moduler.

En 2006, une équipe médico-chirurgicale de Toronto a découvert fortuitement les effets de la stimulation cérébrale profonde sur ces symptômes : en pratiquant cette technique chez un patient souffrant d’obésité morbide, afin d’agir sur les zones qui gèrent la faim et la satiété, elle a observé, non pas la perte de poids escomptée, mais une amélioration significative et tout à fait inattendue des fonctions mnésiques et cognitives.

Pour la première fois, on a ob­servé qu’on pouvait améliorer ces fonctions chez une personne ne présentant pas de problème de mémoire. Cette découverte a ouvert la porte à de nombreux fantasmes basés sur la possibilité d’améliorer les fonctions intellectuelles chez l’homme ! Les électrodes étaient implantées à proximité du fornix, qui est la voie de sortie de l’hippocampe, une structure cérébrale très importante dans la mémoire. C’est finalement la stimulation inattendue du fornix qui a été responsable de ce résultat intéressant sur la mémoire.

Source : La Mutualité Française