Alerte sur la démographie des médecins généralistes

Les effectifs de libéraux ne devraient pas cesser de baisser jusqu’en 2025. Parmi les anciennes régions, la Basse-Normandie, la Bourgogne, le Centre, Champagne-Ardenne et Picardie seront particulièrement touchées.

Les déserts médicaux pourraient bien s’étendre. Le nombre de médecins généralistes libéraux devrait en effet continuer de diminuer jusqu’en 2025, selon les prévisions actualisées de la Direction de la recherche du ministère des affaires sociales (Drees), publiées vendredi. La baisse, «assez marquée», devrait être de 7% par rapport à 1991, époque à laquelle la France comptait encore moins de médecins qu’actuellement, précise la Drees. Le pays ne retrouvera un nombre de médecins généralistes comparable à aujourd’hui qu’après 2036!

Dans le même temps, la population devrait continuer à croître et, surtout, à vieillir. Par conséquent, les Français devraient avoir un plus. La densité médicale, qui a déjà chuté de 10% ces dernières années, devrait donc encore diminuer, aggravant du même coup le problème des déserts médicaux. Tous médecins confondus (spécialistes et généralistes libéraux), la densité moyenne devrait passer de 3,2 à 3 médecins pour 1.000 habitants de 2016 à 2024. Il ne retrouverait ensuite son niveau actuel qu’en 2035.

Toute la France ne sera pas frappée de la même façon par la désertification médicale. La Drees dresse la carte des «zones de vigilance»: il s’agit des communes où la densité médicale passera sous le seuil d’un généraliste pour 1 450 habitants. «Cinq régions de France métropolitaine (Basse-Normandie, Bourgogne, Centre, Champagne-Ardenne et Picardie) sont particulièrement susceptibles d’être touchées par les départs à la retraite, avec environ un tiers de la population régionale sous le seuil de vigilance à cinq ans», précise l’étude. Dans le détail, en Bourgogne et en Corse, une personne sur cinq se trouve dès aujourd’hui sous le seuil de vigilance. Pis, dans les cinq ans qui viennent, bien peu de départements seront épargnés. La typologie des «zones de vigilance»? Les communes à la périphérie rurale des grandes, moyennes et petites villes ou les villages de campagne.

Hausse du nombre d’infirmiers et de kiné

Mais si les médecins généralistes seront de moins en moins nombreux d’ici 2025, ce n’est pas le cas des professionnels paramédicaux, sur lesquels ils s’appuient souvent pour le suivi de leur patientèle. Les effectifs de masseurs-kinésithérapeutes devraient augmenter de 2,3% par an jusqu’en 2030, prévoit la Drees. Le nombre d’infirmiers continuera de grimper, au rythme de 1,3% par an sur la même période. Certains posent donc la question: avec de moins en moins de généralistes et une démographie dynamique des paramédicaux, ne faudrait-il pas accélérer les délégations de tâches? Un sujet sensible pour les médecins à l’heure actuelle, ces derniers ayant bien souvent peur de se voir retirer certains actes.

Toutefois, les prévisions de la Drees – c’est le risque de l’exercice – sont sujettes à quelques aléas. Les auteurs de l’étude préviennent qu’il existe notamment «de fortes incertitudes» concernant l’afflux de médecins à diplôme étranger. Ils estiment que 1.500 d’entre eux (surtout des spécialistes) viendront s’installer en France chaque année. Mai ce chiffre a déjà doublé sur les dix dernières années et rien ne dit qu’il ne continuera pas à gonfler.

Source : lefigaro.fr