Agnès Buzyn : « Je n’ai pas choisi la médecine. Je suis tombée dedans »

Inconnues du grand public, cinq femmes ministres se confient sans tabou. Troisième femme de notre série : Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé.

Quand on est la fille d’un grand chirurgien rescapé de la Shoah à 15 ans, d’une mère juive polonaise, analyste de renom et grande amie de Françoise Dolto, quand on a passé les jeudis de sa jeunesse à aller au bloc pour aider son père lors de ses interventions à la clinique Saint-Marcel, à Paris, quand on aime depuis sa tendre enfance vaincre la maladie et soulager la douleur, il n’est pas étonnant que l’on fasse médecine, que l’on devienne interne des hôpitaux – à Necker, le plus macho et le plus mandarinal de France -, professeur en immunologie et aujourd’hui, par-dessus le marché, ministre des Solidarités et de la Santé.

Voilà le parcours exceptionnel et d’une logique implacable d’Agnès Buzyn, un parcours de bosseuse qui trahit une volonté, une ténacité et une force de conviction hors norme derrière un beau et doux visage, un regard clair, une voix calme, chaude et posée qui dit les choses sans tapage et sans crainte, comme son obsession de la défense du service public et sa sainte horreur de la hiérarchie.

Madame Figaro – Qui vous a appelée pour vous proposer le poste de ministre des Solidarités et de la Santé ?

Agnès Buzyn – Le Premier ministre, Édouard Philippe. J’ai immédiatement accepté. Quand on a passé dix ans de sa vie à servir le service public dans le domaine de la santé, avoir l’occasion de mener les réformes que l’on pense nécessaires ne se présente pas deux fois. Mon choix est logique et s’inscrit dans la continuité de mes engagements au sein d’agences publiques comme l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), de l’Institut national du cancer (INCa) ou de la Haute Autorité de la santé, que j’ai présidée.

Auriez-vous accepté la même proposition d’un autre gouvernement ?
Je me sens à l’aise dans cette équipe qui affiche une volonté de pragmatisme et réunit des personnalités de tous bords. Je n’aurais pas aimé entrer dans un gouvernement empreint de dogmatisme.

Qui vous a donné ce goût du service public ?

Mon éducation. Celle que l’on reçoit d’un père, déporté à 15 ans à Auschwitz, est forcément tournée vers la place que l’humain occupe dans nos vies. Mon père m’a appris que toutes les personnes sont égales face à la maladie et à la souffrance, que dans les camps tout le monde était logé à la même enseigne, que les personnes les plus humaines n’ont pas été forcément celles que l’on attendait. Chirurgien orthopédique, il était très proche de ses malades, et particulièrement des plus vulnérables. Il m’a appris à me méfier de la hiérarchie. Je n’ai jamais été au service des corporatismes, mais au service des gens. Grâce à lui, qui a aujourd’hui 88 ans, je n’oublie pas que derrière toute décision il y a des effets sur un homme ou une femme.

C’est pour cela que vous avez choisi la médecine ?

Je n’ai pas choisi. Je suis tombée dedans. Mon père, toujours lui. Quand il me promettait d’aller au cinéma, en général la promenade se terminait au bloc opératoire. Assez jeune, vers l’âge de 14 ans, il m’a proposé de l’aider. Je lui passais les instruments. L’époque était moins normative. J’ai appris très vite à être aide opératoire, et naturellement, après mon bac, je suis entrée en fac de médecine.

Vous êtes devenue médecin grâce à votre père. Vous avez dit que vous étiez devenue ministre grâce à Simone Veil…

Elle aussi m’a légué le goût de travailler au service des autres. Elle demeure toujours une figure iconique de ce ministère, {…}

 

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Source : madame.lefigaro.fr