Agnès Buzyn appelle à dépasser les cloisonnements institutionnels

Auditionnée par la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, a évoqué les nombreux chantiers auxquels elle compte s’atteler ces prochaines années.

Les professionnels du soin et travailleurs sociaux, « nos bras armés », ont été parmi les premiers à être évoqués par la ministre, qui souhaite s’appuyer sur eux, et « les aider à dépasser les cloisonnements institutionnels » qui gênent les collaborations. La ministre a expliqué vouloir travailler sur la confiance que les Français portent en la sécurité sociale, un système qui doit rester « pérenne » et s’accompagner d’un « sentiment de justice ».

Sur la méthode, elle a assuré vouloir tenir compte des besoins individuels et territoriaux et « coconstruire les solutions », autant avec les professionnels qu’avec les bénéficiaires des mesures. Elle a également insisté sur la nécessité de simplifier le système, et d’encourager les expérimentations.

Augmentation des aides sociales

En matière de lutte contre l’exclusion, Agnès Buzyn a d’abord déclaré souhaiter faire diminuer le taux de non-recours aux droits, en simplifiant le système, par exemple autour d’un versement social unique, ou du moins sur un « guichet unique ». Une augmentation à 900 euros de l’allocation adulte handicapé est en outre prévue, ainsi qu’une revalorisation du minimum vieillesse et une augmentation de la prime d’activité, a priori dès 2018.

Une réflexion est également en cours en ce qui concerne une recentralisation du RSA. Il s’agirait par ailleurs de relancer la politique d’insertion sociale et professionnelle, en y adjoignant une politique d’accès au logement, ce qui implique une coordination des ministères concernés pour une « approche globale ». Il est en outre prévu de renforcer la formation et l’action des travailleurs sociaux, afin de les aider à « se moderniser ».

Réforme des retraites et du RSI

La réforme « de très longue haleine » des retraites a également été évoquée, dans la foulée du rapport 2017 du Conseil d’orientation des retraites. Une délégation interministérielle devrait être formée à cet effet. Ce chantier devrait s’étaler sur la totalité du quinquennat et être mis en œuvre sur le suivant. La ministre a aussi annoncé avoir confié une mission aux inspections générales des affaires sociales (Igas) et des finances (IGF) en ce qui concerne l’adossement du RSI au régime général de la sécurité sociale. Une réforme qui devrait prendre du temps, afin d’éviter un autre « accident industriel ».

Inquiétude face à l’inflexion de la natalité

La ministre a en outre fait part de son « inquiétude » face à l’inflexion de la natalité, qui pose problème pour la pérennité du système de retraites. Il s’agirait à l’avenir de la soutenir à travers le renforcement de l’accueil des enfants et l’aide à la parentalité, mais aussi l’aide sociale à l’enfance (en collaboration avec l’Éducation nationale), l’amélioration du repérage des troubles précoces (« dys », notamment), et l’harmonisation des congés maternité, dès le PLFSS 2018. Il a aussi été question de la révision de la loi de bioéthique en 2018 et du lancement, pour l’occasion, des états généraux, qui devraient notamment se pencher sur la PMA.

Modernisation du système de sécurité sociale

L’aide au maintien à domicile des personnes âgées devrait également être maintenue, dans la foulée de la loi ASV, via un renforcement des mesures déjà prises en matière de soutien aux aidants et de suivi de leur santé. Un travail devrait en outre être mené sur les restes à charge et la lutte contre la maltraitance.

Plus globalement, la ministre a évoqué l’importance d’une modernisation du système de sécurité sociale, par l’amélioration de l’accès dématérialisé aux droits, tout en s’assurant qu’il reste, pour ceux qui en ont véritablement besoin, une capacité d’accueil derrière les guichets.

Santé : la prévention dès le plus jeune âge

Préférant parler de « parcours de santé » plutôt que de « parcours de soin », la ministre a insisté sur l’importance de la prévention dès le plus jeune âge, « seul moyen d’obtenir des bénéfices à long terme », mais à laquelle les médecins ne sont pas suffisamment formés selon elle. Il s’agirait notamment de renforcer la médecine scolaire, via un renfort de médecins généralistes par exemple, pour mettre en œuvre la prévention dès le plus jeune âge, mais aussi de la faire passer en premier plan dans le milieu professionnel.

L’occasion de réaffirmer son engagement dans la lutte contre le tabagisme, une « priorité absolue », mais aussi contre l’obésité, et dans la promotion d’une alimentation saine, de l’activité physique – sujets sur lesquels il serait nécessaire de mieux équiper les médecins –, ou encore de la santé au travail et dans les lieux de privation de liberté.

Lever les blocages administratifs

Elle a enfin annoncé vouloir proposer un plan, dès 2018, pour lutter contre les déserts médicaux en levant les blocages administratifs, afin de faire face à la pénurie de médecins généralistes, du fait des nombreux départs à la retraite à venir.

Concernant la généralisation du tiers payant qui rencontre actuellement des difficultés techniques. Il faudrait selon la ministre « rendre aux médecins du temps médical », toujours en les soulageant des démarches administratives, et tout en maintenant l’accès au soin pour ceux qui ne peuvent avancer les frais. Un travail sera mené sur un panier de soins sans reste à charge.

Source : gazette-sante-social.fr