Accouchement : Un médicament anti-hémorragies pourrait sauver des vies

Un médicament peu coûteux pourrait réduire d’un tiers les décès maternels dus à des saignements sévères après l’accouchement, selon une étude sur 20 000 femmes dans 21 pays, principalement en Afrique et en Asie, publiée mercredi.

Selon l’étude, parue dans la revue médicale The Lancet, le nombre de décès dus aux hémorragies post-partum (saignements sévères après l’accouchement) est diminué d’un tiers si le médicament est administré dans les 3 heures suivant le début de l’hémorragie.

L’hémorragie post-partum est la principale cause de mortalité maternelle dans le monde, responsable de 100 000 décès par an, dont 99 % dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, selon la revue. Le délai entre le début de l’hémorragie et la mort de la mère peut parfois être de quelques heures seulement.

Acide tranexamique

« Les chercheurs qui ont inventé l’acide tranexamique il y a plus de 50 ans espéraient réduire les décès par hémorragie du post-partum, mais n’avaient pu persuader les obstétriciens à l’époque de mener un essai », commente le professeur Ian Roberts (London School of Hygiene & Tropical Medicine) qui a co-dirigé l’étude.

À présent, « nous avons enfin ces résultats qui, nous espérons, vont pouvoir aider à sauver la vie de femmes dans le monde entier », ajoute-t-il.

Moins de décès

Les femmes, atteintes d’hémorragie post-partum après une naissance par les voies naturelles ou par césarienne, ont été réparties par tirage au sort pour recevoir soit 1 g d’acide tranexamique injecté par voie intraveineuse soit un placebo, en plus des soins habituels. En cas de poursuite du saignement après 30 minutes, ou s’il s’est arrêté puis a recommencé dans les 24 heures, une deuxième dose a été administrée.

Les morts par saignements ont été réduites chez les femmes traitées avec l’acide tranexamique par rapport au placebo (155 contre 191 décès). Le médicament a été particulièrement efficace lorsqu’il a été administré dans les 3 heures suivant le saignement, réduisant les décès d’un tiers (89 décès chez les femmes traitées contre 127 chez les autres).

Ces résultats suggèrent que ce médicament devrait être utilisé comme traitement dès que possible, en première intention, contre ces saignements. Il est actuellement recommandé par l’OMS mais seulement si d’autres médicaments ont échoué.

La molécule, découverte par un couple de chercheurs japonais, Shosuke et Utako Okamoto, aujourd’hui décédés, agit en bloquant la fibrinolyse, qui est un processus de dissolution des caillots sanguins.

Des travaux antérieurs, parus dans le même journal médical, avaient montré que l’administration précoce de ce médicament permettait de réduire les décès par saignements chez des patients traumatisés.

source: ouest-france.fr