2017 : des idées pour… insérer les jeunes dans l’emploi

Pour réduire le chômage des jeunes, a-t-on tout essayé ?

En France, 1,8 million de personnes âgées de 15 à 29 ans ne sont actuellement ni à l’école ou l’Université, ni en formation ou dans l’emploi (données 2015). Près de 80 % de ces jeunes n’ont pas atteint le niveau du baccalauréat. En sortant du système scolaire sans diplôme, ils ont une chance sur deux de rester au chômage au moins trois ans. Leur situation est d’autant plus précaire que le marché du travail leur est relativement hostile. Souvent employés pour des CDD courts, ils ont peu d’espoir de qualification dans la durée. Cette situation ne date pas de la crise de 2008, même si celle-ci n’a rien arrangé.

Il n’y a pourtant pas de fatalité au chômage et la précarité de ces jeunes. La France se distingue d’autres pays européens par son incapacité à former et intégrer 17 % des nouvelles générations. Pour insérer les jeunes dans l’emploi, nous gagnerions à nous inspirer de plusieurs exemples étrangers. Outre le chantier de l’école, deux mesures semblent prioritaires pour l’accompagnement des jeunes peu qualifiés : réformer l’apprentissage et repenser l’embauche.

Mieux conduire vers l’emploi… une réforme d’envergure de l’apprentissage

Pour que les jeunes s’insèrent plus facilement sur le marché du travail, il importe en premier lieu de renverser la logique actuelle du système de formation en apprentissage. La formation en alternance a fait ses preuves à l’étranger pour les jeunes n’ayant pas vocation à suivre des cursus académiques longs. En France cependant, notre système est complexe et implique de nombreux acteurs insuffisamment coordonnés. L’apprentissage est peu valorisé et il ne s’adapte pas assez vite aux besoins de compétences sur les territoires. Pour rendre l’apprentissage plus attrayant, à la fois pour les entreprises et pour les jeunes, il faut donner aux entreprises, aux associations et aux collectivités un rôle de premier plan dans le choix des contenus et des formations. En contrepartie, celles-ci devraient être soumises à un contrôle qualité indépendant à travers un système de certification analogue à celui en vigueur dans plusieurs pays germanophones (Allemagne, Autriche, Suisse).

Les études empiriques et les expériences étrangères montrent que la voie de l’apprentissage est d’autant plus déterminante pour l’insertion dans l’emploi qu’elle s’applique aux peu diplômés. Or, ces dernières années, l’apprentissage s’est surtout développé dans l’enseignement supérieur. Si l’alternance en école de commerce ou en master a également des vertus (notamment pour inciter certains étudiants à pousser plus loin leurs études), les moyens publics de l’apprentissage doivent être renforcés au niveau de l’enseignement secondaire. C’est là que le dispositif est réellement déterminant pour les jeunes. Le rapprochement avec les besoins du terrain implique aussi une adaptation plus systématique des programmes de formation aux objectifs professionnels, pour ne pas reproduire l’échec scolaire et mieux préparer à l’emploi, les programmes restant soumis à une validation externe par le système de certification.

Pour les jeunes décrocheurs, la formation intensive dans des écoles de la deuxième chance a fait ses preuves, à l’image des Job Corps américains. Le développement du préapprentissage permettrait de réduire le taux d’échec dans les filières professionnelles, en aidant les jeunes à concevoir leur avenir professionnel et en les préparant au travail en entreprise.

Le développement de l’alternance dans l’enseignement secondaire implique aussi de revoir les incitations à l’embauche des apprentis sans aucun diplôme et les dispositifs d’emplois aidés. Fixer la rémunération des apprentis selon des critères de qualification, et non plus d’âge, éviterait d’écarter les apprentis plus âgés et sans diplôme. Actuellement, un apprenti en première année est rémunéré 25 % du SMIC s’il a moins de 18 ans, mais 53 % du SMIC s’il a plus de 21 ans (www.lapprenti.com, 2016). Quant aux emplois aidés dans le secteur public, ils n’ont pas prouvé leur efficacité en termes d’insertion dans l’emploi. Or, parmi les jeunes peu ou pas diplômés, l’effectif en contrat aidé dans le secteur non marchand (150 000) est aujourd’hui comparable au nombre total d’apprentis (DARES, 2015). Les moyens publics gagneraient à se concentrer sur le dispositif le plus efficace, à savoir l’apprentissage.

Ouvrir les portes de l’entreprise… une embauche facilitée pour les jeunes peu qualifiés

Pour mieux insérer les jeunes dans l’emploi, l’accompagnement individuel a montré son efficacité, notamment lorsqu’il est soutenu et concentré dans le temps. En France, la « garantie jeunes » expérimentée depuis 2013 s’inscrit dans cette logique. Le programme combine formation, acquisition d’expériences professionnelles et versement d’une allocation, avec un accompagnement renforcé ; ses premières évaluations sont encourageantes (DARES, 2016). L’insertion dans l’emploi passe aussi par le logement et la mobilité. À cet égard, un accès facilité au permis de conduire, au-delà de la réforme ayant réduit les délais d’obtention, serait déterminant, notamment en veillant à la bonne application du décret (21 juillet 2016) visant à limiter les délais d’inscription à l’examen des candidats libres afin d’ouvrir plus largement le secteur des auto-écoles et in fine abaisser le coût du permis et rendre les jeunes plus mobiles.

Malgré une prime de précarité qui les renchérit de 10 % par rapport aux CDI, les CDD représentent aujourd’hui 85 % des embauches, la proportion étant encore plus élevée parmi les jeunes. Pour favoriser l’embauche en CDI de ces derniers et mieux les ancrer dans l’emploi, les cotisations sociales payées par les employeurs devraient être modulées selon une logique de bonus/malus, en fonction du coût qu’ils font supporter à l’assurance-chômage. Il importe aussi de cibler les allégements de charges sociales sur les postes à bas salaires, là où la mesure est la plus puissante et efficace, et là où se trouvent aussi les jeunes sans qualifications.

Source : latribune.fr